Qu’est-ce que la PIC ?

Année de publication 2019
  (mis à jour le 12 déc 2019)
Source : 
EcophytoPIC

La protection intégrée des cultures (PIC) a pour objectif de réduire l’utilisation des pesticides afin de minimiser l’impact environnemental et le coût de la lutte tout en maximisant les résultats économiques de l’agriculteur.

Elle consiste en « la prise en considération attentive de toutes les méthodes de protection des plantes disponibles et, par conséquent, l’intégration des mesures appropriées qui découragent le développement des populations d’organismes nuisibles et maintiennent le recours aux produits phytopharmaceutiques et à d’autres types d’interventions à des niveaux justifiés des points de vue économique et environnemental, et réduisent ou limitent au maximum les risques pour la santé humaine et l’environnement » (paragraphe 6 de l’article 3 de la directive 2009/128/CE).

   Les grands principes de la Protection Intégrée des Cultures : 

Les grands principes de la Protection Intégrée des Cultures.

 

Huit principes généraux pour la lutte intégrée contre les ravageurs sont actuellement identifiés et développés ci-dessous : cliquez sur les différents éléments pour accéder à leur contenu :

Principe n°1 : Prévenir l’apparition des maladies et des ravageurs

levier 1 de la PICLa protection intégrée repose en premier lieu sur l’application de combinaisons de méthodes préventives (prophylaxie) ayant pour but de placer les plantes cultivées dans les meilleures dispositions pour résister à l’ensemble de leurs bioagresseurs et de limiter l’apparition, la propagation et le développement de ceux-ci.

Cette réduction des risques est permise par la mise en œuvre de mesures qui perturbent le cycle du parasite (action sur la population initiale, évitement, atténuation en culture). On parle aussi de mesures de lutte indirecte par opposition aux mesures de lutte directe qui s’appuient sur une intervention visant directement le parasite, présent (intervention curative) ou prévu (intervention préventive).

L'objectif n'est pas d'éliminer complètement les ravageurs mais d'empêcher qu'un seul d'entre eux ne devienne dominant ou nuisible dans un système de culture.

La prévention des organismes nuisibles doit notamment s’appuyer sur les moyens suivants :tracteur semis

  • La rotation de cultures
  • L’utilisation de techniques de culture appropriées (les dates et densités des semis, pratique aratoire conservative, la taille et le semis direct, etc.…)
  • L’utilisation de cultivars résistants/tolérants et de semences et plants normalisés/certifiés,
  • L’utilisation équilibrée de pratiques de fertilisation, de chaulage et d’irrigation/de drainage
  • La prévention de la propagation des organismes nuisibles par des mesures d’hygiène
  • La protection et le renforcement des organismes utiles importants (mesures phytopharmaceutiques appropriées, utilisation d’infrastructures appropriées)

Pour en savoir plus :  Matériel végétal  /  Pratiques culturales  /  Infrastructures agroécologiques  /  Hygiène et nettoyage

Principe n°2 : Surveiller l’apparition des organismes nuisibles
  • Comment reconnaître les bioagresseurs et les organismes utiles ?

principe 2 PICLa connaissance, la reconnaissance et le suivi des organismes nuisibles et bénéfiques est un point important dans la maîtrise de la protection intégrée, notamment pour effectuer leur suivi.

De nombreuses ressources existent à ce sujet (identificatlogo base ABAAion, biologie, cycles, seuils). La base ABAA regroupe des ressources issues des ITA, Fredon, Ephytia, concernant à la fois les organismes utiles (Auxiliaires), les nuisibles (BioAgresseurs) ainsi que les Accidents physiologiques et climatiques.

 

  • Faire un suivi des organismes nuisibles

D’après la Directive 2009/128/CE : « Les organismes nuisibles doivent être surveillés par des méthodes et instruments appropriés, lorsqu’ils sont disponibles. Ces méthodes devraient inclure des observations sur le terrain ainsi que, lorsque c’est possible, des systèmes d’alerte, de prévision et de diagnostic rapide, qui s’appuient sur des bases scientifiques solides, ainsi que des conseils émanant de conseillers professionnels qualifiés. »

logo BSVEn France, une organisation régionale contribue à fournir une analyse de risque épidémiologique rassemblée dans les bulletins de santé du végétal (BSV). Ces BSV, mis gratuitement à disposition des organismes de conseil, des agriculteurs et du public, sont fondés sur des suivis, des observations, des indications de seuils et l’utilisation d’outils d’aide à la décision.

 

Pour en savoir plus : BSV / Base ABAA / Identification et diagnostic / Surveillance

 

Principe n°3 : Utiliser des valeurs seuils comme règle de décision

principe 3 PICD’après la Directive 2009/128/CE : « En s’appuyant sur les résultats de la surveillance, l’utilisateur professionnel doit décider s’il doit ou non appliquer des mesures phytopharmaceutiques et quand les mettre en œuvre. Des seuils scientifiquement solides et robustes sont des éléments essentiels à la prise de décision »

outil ordi

 

Un certain nombre d’outils peut accompagner cette évaluation locale effectuée au niveau de la parcelle, de l’exploitation ou d’un groupe d’exploitations. Ces outils décrivent des situations phytosanitaires de présence, développement et prévision de bioagresseurs et sont accompagnés de règles de décision permettant de guider l’utilisateur vers la décision d’intervenir ou non. Ils peuvent être accompagnés par des outils de conseil qui permettent de tracer leur utilisation à la parcelle.

Pour en savoir plus : Outils d'aide à la décision / Evaluation des risques

 

Principe n°4 : Privilégier l’utilisation de méthodes de lutte non chimiques

levier 4

La directive européenne 2009/128 précise que : « les méthodes biologiques, physiques et autres méthodes non chimiques durables doivent être préférées aux méthodes chimiques si elles permettent un contrôle satisfaisant des ennemis des cultures ».

 

 

  • Lutte biologique et biocontrôle : ensemble des méthodes de protection des végétaux par l’utilisation de mécanismes naturels. Le principe de cette lutte est fondé sur la gestion des équilibres des populations d’agresseurs plutôt que sur leur éradication. Dans certains cas, la lutte biologique peut s'appuyer sur des produits dits de "biocontrôle", classés en 4 familles :
    • Macro-organismes auxiliaires (invertébrés, insectes, acariens ou nématodes)coccinelle
    • Micro-organismes (champignons, bactéries et virus utilisés)
    • Médiateurs chimiques (phéromones d’insectes et les kairomones)
    • Substances naturelles (substances présentes dans le milieu naturelle, d’origine végétale, animale ou minérale)

 

 

  • Lutte physique : regroupe toutes les techniques de lutte dont le mode d’action primaire ne fait intervenir aucun processus biologique, biochimique ou toxicologique. Il existe deux types fondamentaux de méthodes en lutte physique :
    • Les méthodes actives : nécessitent de l’énergie au moment de l’application pour détruire, blesser ou stresser les ennemis des cultures, ou pour les retirer du milieu. Ces méthodes ne présentent pratiquement pas de rémanence.
    • Les méthodes passives : procèdent par une modification du milieu et sont à caractère plus durable. Elles relèvent principalement de 4 grandes catégories : lutte mécanique, lutte thermique, lutte électromagnétique et lutte pneumatique.

 

Pour en savoir plus : Méthodes physiques / Produits de biocontrôle / Lutte biologique

Principe n°5 : Choisir des pesticides sélectifs et minimiser les effets indésirables sur la santé et l’environnement

levier 5Lorsque la prévention et les méthodes de lutte alternatives ne donnent pas de résultats satisfaisants, des méthodes chimiques peuvent être utilisées. D’après la directive européenne 2009/128, les pesticides appliqués doivent être aussi spécifiques que possible à la cible et ont le minimum d’effets secondaires sur la santé humaine, les organismes non-cibles et l’environnement. En effet, de par leurs propriétés intrinsèques, les pesticides représentent un risque pour la santé humaine lors d’une exposition inopinée, et un danger pour l’environnement.

environnement

 

La mise en place de mesures de protection des applicateurs, la connaissance des risques et le suivi des contaminations dans les milieux permettent de dégager les mesures de protection et les conditions d’utilisations adéquates. Le respect de bonnes pratiques lors des interventions phytosanitaires permet de réduire les risques de contamination et les impacts sur l’environnement.

Pour en savoir plus : Protection de l’environnement / Santé Humaine

Principe n°6 : Raisonner l’utilisation de pesticides pour réduire leur emploi

levier 6 PIC

L’utilisateur doit maintenir l’utilisation de pesticides et d’autres formes d’intervention aux niveaux nécessaires. La réduction de l’utilisation des produits phytopharmaceutiques peut s'envisager de différentes manières :

 

  • Réduction de la fréquence de traitement
  • Réduction des quantités appliquées par unité de surface cultivéetraitement
    • Positionnement du traitement
    • Adaptation des doses à la quantité de végétation
  • Optimisation de l’efficacité
    • Choix des périodes et des conditions d'application des pesticides.
  • Réglage du matériel et techniques de pulvérisation

Ce raisonnement pourra être facilité par différents outils (matériel de précision, outils d’aide à la décision, etc.).

 

Pour en savoir plus : Outils d'aide à la décision / Optimisation des méthodes chimiques / Matériels et technologies

 

Principe n°7 : Mettre en place une stratégie pour éviter l’apparition de résistances

Levier 7 PICL’objectif de la gestion des résistances est principalement de maintenir l’efficacité des produits dans le temps, c’est-à-dire de les utiliser à bon escient afin de ne pas favoriser le développement de phénomènes de résistance des bioagresseurs.

Le développement de ces phénomènes dépend à la fois des caractéristiques des familles de molécules de pesticides et des populations de bioagresseurs : capacité à métaboliser la molécule (destruction de la molécule), ou modification au niveau du site d’action.

Lorsque le niveau d’organismes nuisibles exige l’application répétée de pesticides, les stratégies anti-résistances peuvent donc passer par :

  • L’utilisation de pesticides ayant différents modes d’action, dans le cas de résistances par modification du site d’action
  • Une connaissance et une stratégie adaptée au cas par cas, dans le cas de résistances par métabolisme pour lesquelles les principes de dégradation des molécules peuvent différer pour un même site d’action.

 

Pour en savoir plus : Gestion des résistances

 

Principe n°8 : Suivre et évaluer les stratégies mises en place afin d’évaluer « le succès »

levier 8Le principe n°8 de la directive européenne encourage les agriculteurs à évaluer le bien-fondé des mesures de protection des cultures qu'ils adoptent, ce qui constitue un aspect important d'une bonne gestion. Il est important pour chaque culture ou système de cultures de réaliser un bilan en fin de saison. Celui-ci doit tenir compte :

 

  • De la pression parasitaire de l’année
  • Des méthodes de lutte préventives mises en œuvre
  • Des méthodes de lutte curatives engagées
  • Des éventuels incidents ou imprévus survenus en cours de campagne

Ce bilan doit permettre de se poser les bonnes questions et envisager une adaptation constante des systèmes de culture à l’échelle de l’exploitation mais également, pour le conseiller, à l’échelle d’une petite région agricole.

De plus, il est nécessaire de suivre l’évolution technologique concernant aussi bien les mesures préventives (nouvelles variétés, matériel, …) que les méthodes de lutte curatives (biocontrôle, substances actives chimiques, …).

Ce bilan doit donc être un outil d’amélioration du système au même titre que la mise à jour des informations sur les méthodes de lutte. Plus de détail dans l'article "Evaluation des stratégies de protection des cultures".

 

Pour en savoir plus : Conception de systèmes de cultures / Evaluation multicritères / Démarches territoriales et filières