Quelles solutions alternatives pour les ravageurs émergents ? 1. Le cas de Drosophila suzukii

Fruits à noyau
Petits fruits
Vigne
Année de publication 2020
  (mis à jour le 14 fév 2020)
Source :  EcophytoPIC
Auteur :  Mélanie GAYRARD
Réferences : 
Synthèse EcophytoPIC n°15
D. suzukii

Un ravageur émergent

La drosophile du cerisier (Drosophila suzukii) est un ravageur émergent qui a fait son apparition sur le territoire français au début des années 2010. Depuis lors, elle connait une progression spectaculaire de son aire de répartition et provoque des dégâts très importants sur de nombreuses espèces fruitières.

Sa polyphagie, sa capacité de reproduction rapide et sa mobilité en font un ravageur au fort potentiel de nuisibilité. Classée sur la liste d'alerte A2 de l’OEPP (Organisation Européenne et Méditerranéenne pour la Protection des Plantes), elle est considérée comme un organisme nuisible préoccupant aux niveaux national et européen.

 

Biologie, plantes hôtes et dégâts occasionnés

La drosophile du cerisier est une petite mouche (Diptère) de la famille des Drosophilidées.

Elle s'attaque à tous les fruits à chair tendre (cerises, fraises, framboises, mûres, myrtilles, prunes, raisins, abricots, etc) encore sur la plante, alors même que ceux-ci ne sont pas encore mûrs et même s’ils ne présentent pas de blessure. Elle peut aussi infester une gamme d’hôtes beaucoup plus large lorsque l’épiderme du fruit est abîmé et que la ponte peut se faire directement dans la chair.

Cette mouche introduit ses œufs dans les fruits en perçant leur peau grâce à son organe ovipositeur. Les larves se développent ensuite à l'intérieur en se nourrissant de la pulpe. Les fruits pourrissent et sont alors invendables, entrainant jusqu'à 80 % de pertes chez certains producteurs.

Pour mieux connaitre cet insecte ravageur, consultez sa fiche d’identification sur notre base de recherche « ABAA » (Auxiliaires, Bio Agresseurs et Adventices) : lien ci-dessous.

D. suzukii
Accès à la fiche ABAA
Contenu
Drosophila suzukii

Dossier

Ravageur - Drosophila suzukii - Classe: Insectes

Année de publication 2017 (mis à jour le 17 mar 2020)

Source : EcophytoPIC

1. Surveillance et piégeage de ce bio agresseur

Surveillance de D. suzukii

La pose de pièges de détection associée à des observations régulières des cultures, permet de détecter le retour de D. suzukii et de déclencher si nécessaire la mise en œuvre de moyens de protection. Le piégeage de détection est une technique peu coûteuse et facile à mettre en place.

Dans les vergers, le piège doit être disposé dans la frondaison, à un endroit ombragé. Dans les cultures sous abris, il est préférable d’installer le piège à l’extérieur de l’abri afin de ne pas favoriser l’entrée du ravageur dans la culture. Le piégeage s’accompagne d’observations régulières pour être alerté rapidement de l’éventuelle présence du ravageur dans les cultures.

Les pièges peuvent être fabriqués à partir d’une simple bouteille en plastique rouge avec un attractif composé de d’eau, de vinaigre de cidre, de vin rouge, et d’une goutte de liquide vaisselle (voir détails dans l'article ci contre). L’observation des fruits dans la culture permettra de repérer les premiers signes d’infestation : des symptômes apparents comme le brunissement ou l’affaissement de l’épiderme.

Piégeages massifs et attractifs

Le piégeage massif est une méthode de protection qui pourrait être envisagée pour ce ravageur. La technique consiste à installer dans une parcelle un nombre de pièges suffisant pour collecter des adultes, des larves ou des œufs du ravageur, de façon à limiter fortement sa population et sa descendance.

À ce jour l’utilisation de cette méthode de protection pour Drosophila suzukii demande la mise au point d’un attractif plus puissant que ceux étudiés jusque-là et doit être combinée avec d’autres techniques. Un piégeage en hiver dans les haies et zones boisées proches de la parcelle, qui constituent une source d’inoculum, pourrait éventuellement avoir un intérêt.

En savoir plus sur la technique

2. Mise en place de mesures préventives contre D. suzukii

Mesures prophylactiques

Les mesures prophylactiques sont cruciales dans la lutte contre D. suzukii, car elles permettent de limiter la pullulation de cet insecte ravageur.

    Mesures concernant l’environnement des cultures

L’enjeu est de limiter les sites de reproduction de cette drosophile en éliminant les plantes hôtes aux abords des cultures :

  • éviter les arbres et arbustes à feuillage persistant (cyprès, chênes verts) qui constituent des refuges hivernaux
  • éliminer les plantes à baies hôtes : mûres, sureaux, raisin d’Amérique, arbousier, cornouillers...

Par ailleurs, la drosophile du cerisier appréciant les environnements frais et humide, des mesures prophylactiques supplémentaires doivent viser un climat plus sec :

  • en maitrisant l’irrigation et en évitant les points d’eau stagnante à proximité,
  • en veillant à une bonne aération des cultures,
  • en favorisant la circulation de l’air pour réduire l’hygrométrie dans la parcelle,
  • en adaptant la taille des arbres pour favoriser une bonne aération et un ressuyage rapide.

En parallèle, il est important de favoriser les auxiliaires, qui sont de précieux alliés dans la lutte contre la drosophile du cerisier. Les principaux groupes d’insectes potentiellement prédateurs de D. suzukii ont été identifiés : Chrysopidae, Orius sp., Carabidae, Staphylinidae, Opilions, Salticidae et Chilopodes. Les prédateurs classiques de type Chrysopa sp. ou certaines punaises peuvent intervenir sur les populations de larves.

   Mesures concernant l’élimination des déchets et fruits infestés

Les déchets de récolte, autres déchets végétaux et fruits infestés doivent absolument être évacuées et détruits. La solarisation est une technique efficace pour détruire l’ensemble des stades de cet insecte.

   Mesures spécifiques aux cultures sous-abri

En culture sous abris, il est primordial de vérifier l’herméticité des bâches et il est conseillé d’installer un système de double porte pour éviter l’entrée des insectes dans les cultures.

En cas d’attaque importante par D. suzukii, il est possible d’assainir la parcelle en fin de culture en effectuant une montée en température. Les tests ont montré qu’une température supérieure à 40 °C pendant une heure par jour en moyenne sur six jours est efficace pour détruire les stades œufs et larves de D. suzukii dans les fruits.

    Autres mesures préventives

Dans les stratégies de prévention contre D. suzukii, l’espacement des dates de récolte a son importance : des récoltes rapprochées (au minimum deux récoltes/semaine) permettent de limiter la présence de fruits en sur-maturité qui sont source d’infestation.

Pour les cerises, un passage au froid après la récolte (− 1 °C à 2 °C) sur une période de 24 h à 72 h limite la survie des œufs et le développement des larves. Cette technique peut présenter un intérêt pour ralentir l’évolution des dégâts dans le cas de lots faiblement attaqués et d’aspect sain.

Prévention via des mesures physiques

   Filets anti-insectes

La protection des cultures par des filets anti-insectes est une mesure préventive très efficace qui peut s’envisager pour la drosophile du cerisier.
En cultures sous-abris, l’installation de toiles insect-proof aux ouvertures des abris et l’utilisation de voiles permet de constituer une barrière physique et d’empêcher les pontes. Malgré son indéniable efficacité, cette technique présente de nombreux inconvénients :

  • coût élevé des installations,
  • effets secondaires sur les conditions de culture comme la pollinisation,
  • modification du climat dans l’abri
  • incidence sur l’entrée des auxiliaires présents naturellement dans l’environnement.

 

 

cycle d.suzukii (Source Ephytia)
Cycle de D.suzukii (Source Ephytia)
Contenu
Bilan du projet CASDAR Drosophila suzukii (2013-2016)

Article

Intitulé  «  Drosophila  suzukii  :  connaissance  du  ravageur,  caractérisation  du  risque  et  évaluation de méthodes pour sa maîtrise rapide et durable », ce projet

Année de publication 2020 (mis à jour le 16 mar 2020)

Source : Infos Ctifl

   Protection mécanique des fruits contre D. suzukii

Une protection mécanique des fruits par l’application d’argiles ou de chaux sur les fruits perturbe la reconnaissance des plantes hôtes par D. suzukii, à cause de leur aspect blanchâtre.

Cette méthode donne des résultats intéressants sur certaines cultures mais présente l’inconvénient de laisser des marques blanches sur les fruits.

Consulter la fiche technique "Traitement à la chaux contre D.suzukii" réalisée par Agroscope

En savoir plus sur la technique

   Répulsifs

Une protection des cultures par des produits répulsifs peut être envisagée.

À ce jour, les extraits d’ail utilisés dans certaines cultures comme répulsifs n’ont pas montré d’efficacité dans les essais conduits sur fraise.

En revanche, certaines huiles essentielles sont étudiées et auraient un effet sur Drosophila suzukii : Arbre à thé, citronnelle et thym. (cf. article ci-contre présentant des essais réalisés en Suisse)

 

3. Protection des cultures contre ces ravageurs

Lutte biologique : prédateurs / parasitoïdes

La lutte biologique contre D. suzukii s'oriente vers le biocontrôle par parasitoïdes. Deux parasitoïdes de pupes de drosophiles communes ont également la capacité de parasiter D. suzukii, mais leur action n’est pas encore concluante et la recherche se poursuit.

Il s’agit de :

  • Trichopria drosophilæ de la famille des Diapriidae
  • Pachycrepoideus vindemmiae hyménoptère ectoparasitoïde de la famille des Pteromalidae.

Il existe également des parasitoïdes efficaces sur larves de D. suzukii au Japon, mais qui ne sont pas naturellement présents en France. Leur introduction est envisagée, mais soumise à l’obtention d’une autorisation compte-tenu de la nouvelle réglementation sur les macroorganismes non indigènes.

 

Fiches "Stratégies de lutte par culture"

4. Stratégies combinées

 

Drosophila suzukii est un ravageur difficile à combattre. Il n’existe pas actuellement de méthode qui permette d’assurer une protection totale des cultures auxquelles elle s’attaque.

Il est donc indispensable de mettre en œuvre tous les moyens possibles pour limiter sa pullulation dans la culture et son environnement.

5. Perspectives

Les perspectives concernant D. suzukii, reposent actuellement sur différentes pistes de recherche.

La lutte phéromonale via la technique de l’insecte stérile

Dans le cadre du projet CASDAR SuzuCI (2015-2018), les chercheurs ont démontré l’intérêt des bactéries du genre Wolbachia dans la lutte contre D. suzukii.

Ces bactéries, très fréquentes chez les insectes, peuvent envahir rapidement leurs populations grâce à leur capacité à induire de l’incompatibilité cytoplasmique (IC). Les croisements entre femelles non infectées et mâles infectés sont de ce fait stériles.

La technique du lâcher de mâles infectés par Wolbachia se révèle être une approche très prometteuse pour contrôler les populations de D. suzukii.

 

La lutte biologique par acclimatation et les plantes pièges

Le projet de recherche CASDAR DS² est en cours et vise à proposer rapidement des outils et des stratégies de protection efficaces, durables et économiquement viables contre D. suzukii. Les chercheurs travaillent actuellement sur le développement :

  • d’un outil d’aide à la décision,
  • d’une méthode de lutte biologique par acclimatation
  • et d’une stratégie spécifique aux cultures sous-abris, basée sur l’introduction de plantes pièges.

De nouveaux produits naturels bio-insecticides

Des chercheurs américains étudient un bio-insecticide basé sur du venin d’araignée « Hv1a ». La substance a été testée sur les cultures de myrtilles et se révèle toxique par contact avec les drosophiles adultes. Cependant les essais plein champ ne sont pas encore concluants, d’autres formulations, d’autres régions et d’autres cultures vont être testées.

Consulter l'article en anglais "Research Update: Evaluation of a Spider Venom-Based Bioinsecticide for SWD Control", par Aurora Toennisson, site Sustainable Spotted Wing Drosophila Management

En conclusion, la lutte contre Drosophila suzukii reste complexe.

La nécessité de combiner des méthodes alternatives afin de limiter l'usage des pesticides reste la règle.