Réduction de l'usage de glyphosate en Agriculture de conservation des sols

Grandes cultures / Polyculture-élevage
Année de publication 2021
  (mis à jour le 26 mai 2021)
Source :  ACTA - APCA - INRAE - Terres Inovia - Arvalis - Chambres d'Agriculture Bretagne, Nouvelle Aquitaine & Pays de la Loire
Auteur :  Alain Rodriguez, Matthieu Hirschy, Ka-Ho Yim, Annabelle Revel-Mouroz, Frédérique Angevin, Bruno Chauvel, Jérémy Guil, Jérôme Labreuche, Sébastien Minette, Virginie Riou, Fanny Vuillemin
Réferences : 
Article du Centre de ressources Glyphosate - Mai 2021
Parcelle en agriculture de conservation des sols - Rodriguez A.

 

 

Dans les systèmes en agriculture de conservation, des solutions techniques existent ou sont en cours de développement et de test pour proposer des solutions de gestion des communautés de mauvaises herbes et ainsi y réduire l'usage du glyphosate.

L’agriculture de conservation des sols (ACS) repose sur trois grands principes agronomiques appliqués simultanément : la suppression de tout travail du sol, la couverture permanente du sol (végétale ou organique, faite de résidus de culture – mulchs – ou de couverts semés) ainsi que la diversification de la rotation culturale (rotations longues et cultures associées). Dans les faits, des agriculteurs en ACS ont parfois recours à un minimum de travail du sol, très superficiel ou sur la ligne de semis, selon leurs propres contraintes.

 

Le principal objectif de cette combinaison de principes est de réduire la dégradation des sols et d’améliorer à terme leur fertilité en maximisant les processus biologiques et écologiques de l’écosystème sol en remplacement de certains intrants (Roocks et al. 2016). Ce mode de production ambitionne de répondre durablement à la problématique du réchauffement climatique par la réduction de la consommation d’énergie fossile, par l’augmentation de la séquestration du carbone. Il a également pour ambition de reconquérir un niveau acceptable de biodiversité dans les espaces cultivés, favorisé principalement par la diversification des assolements et par l’arrêt du travail du sol. Les systèmes de culture qui en découlent, très divers dans leur approche (Derrouch et al., 2019), s’appuient sur la couverture permanente des sols incluant le maintien des résidus de culture en surface et l’implantation de couverts végétaux pendant l’interculture ou sous couvert de la culture. Au-delà de la destruction du couvert lui-même, en faisant le choix de ne pas travailler le sol avant semis via un labour, l’utilisation d’un herbicide total reste très souvent nécessaire pour gérer l’enherbement qui n’aurait pas pu être contrôlé par les couverts et d’autres leviers agronomiques.

 

Dans le cas de systèmes en non-travail du sol strict ou avec un minimum de travail du sol superficiel toléré, il est constaté une concentration du stock semencier dans les cinq premiers cm du sol ainsi qu’un profil d’adventices rencontrées particulier. Ces systèmes favorisent en effet les adventices à germination rapide – en particulier les graminées – ainsi que les vivaces (Cordeau et al., 2019). Hormis des leviers d’ordre préventif (choix de la rotation, implantation de couverts et l’ensemble des alternatives permettant de limiter le stock semencier), le travail du sol reste dans la plupart des cas en interculture le seul levier curatif de gestion de la flore en l’absence du glyphosate. Ces systèmes en ACS n’ont alors actuellement pas ou peu de solutions pour se passer du désherbage chimique et peuvent donc se retrouver dans une situation d’impasse technique (Reboud et al., 2017).

 

Toutefois dans les systèmes en agriculture de conservation, des solutions techniques existent ou sont en cours de développement et de test pour proposer des solutions de gestion des communautés de mauvaises herbes :

  • Levier rotationnel : certaines rotations permettent de varier les dates de semis des cultures, perturbant ainsi les cycles des adventices ; d’alterner les matières actives des herbicides augmentant leur efficacité ; d’augmenter le mulch de surface pénalisant la levée des adventices. Le choix des variétés implantées en pure ou en mélange (espèces avec une bonne vigueur de départ) joue également un rôle crucial.
  • Lacération des couverts et/ des jeunes adventices : une technique inspirée du désherbage mécanique avec bineuse ou du broyage des couverts avec des machines adaptées pour éviter un travail du sol (Roll N Sem, PAGman).
  • Travail du sol superficiel (si toléré) : réalisé en surface, il peut être mobilisé pour détruire les couverts, les adventices et parfois réguler les couverts permanents. Cette technique est cependant très dépendante du climat qui doit être séchant notamment pour détruire des graminées.
  • Désherbage électrique et désherbage thermique sont en cours de test pour vérifier leur efficacité et leur impact environnemental.


On notera également le développement de systèmes cherchant à concilier agriculture biologique et agriculture de conservation (ABC), en autorisant un travail du sol léger pour la gestion des adventices et en particulier des graminées. Cette combinaison AB et AC, plus complexe et plus risquée (d’autant plus si le système est en polyculture pure, qui empêche toute solution de rattrapage comme le pâturage ou la production de fourrage immature) est en développement récent en France et bénéficie encore de peu de retours d’expériences et de références acquises.  Même si le non-travail du sol et donc le semis direct en bio est parfois possible, il reste compliqué à systématiser sur un système de cultures complet. Ce fonctionnement reste très dépendant des conditions pédoclimatiques et de l’effet pluriannuel (risque de levées d’adventices à moyen terme), rendant aujourd’hui presque impossible de combiner semis direct (non-travail du sol) et absence d’utilisation d’herbicides avant semis, sauf dans certains cas lorsque d’autres leviers agronomiques, tels que ceux cités plus haut, auraient pu fonctionner efficacement.

Pour autant, les principes de diversité de la rotation, de couverture du sol et de travail minimal sont intéressants à développer en AB dans un objectif d’amélioration de la fertilité des sols et donc du potentiel des cultures. Le cheminement vers l’ABC est également confronté à deux obstacles principaux que sont l’impossibilité d’un recours au désherbage mécanique si on conserve un couvert ou des résidus avec une culture et une difficulté à aider les cultures à leur démarrage car il n’existe pas d’engrais organique starter en bio. Aussi, des travaux menés par ARVALIS-Institut du végétal sur la couverture permanente en AB avec contrôle mécanique du couvert pourraient ouvrir des voies de progrès à moyen et à long terme.

Des projets et expérimentations
  • Projet AGATE (« Alternatives au GlyphosATE en Grandes Cultures », 2019-2022) qui a pour ambition d’évaluer et d’adapter les solutions de substitution au glyphosate pour amener des réponses précises et pratiques. Le partenariat est composé des instituts techniques : ACTA (pilotage), Terres Inovia, Arvalis, ITB mais également la chambre d’agriculture d’Occitanie avec les chambres départementales de l’Aude et de l’Ariège. Il est composé de 3 actions majeures : suivis de parcelles sans glyphosate et évaluation multicritères, expérimentations, et réflexions collectives au moyen d’ateliers sollicitant les agriculteurs et/ou les acteurs techniques et experts sur des thématiques problématiques ou des situations concrètes.
  • DEPHY REDUCE (2018-2023) qui a pour objectif d’évaluer les performances multicritères de systèmes de culture en Occitanie expérimentant deux niveaux de rupture : diminution voire suppression totale de l’usage de pesticides et réduction du travail du sol.
  • Projet RASTA (« Recherche d’Alternatives et Solutions techniques sans glyphosate en Agriculture de conservation des sols », lancement 2019) conduit par la chambre d’agriculture de Bretagne qui a pour but d'identifier et de tester des techniques permettant de remplacer le glyphosate pour ses utilisations spécifiques aux techniques de travail superficiel du sol et au semis direct. Ces techniques seront fondées prioritairement sur des mécanismes agroécologiques et des nouvelles technologies.
  • Projet Engaged (Relever le défi de l’agriculture de conservation sans glyphosate, 2019-2022) qui vise à construire des systèmes de cultures en Semis direct sous couvert végétal (SDCV) économes en herbicides, sans avoir recours au glyphosate. Il consiste à identifier des pistes basées sur l’agronomie pour gérer les adventices en SDCV. Ces pistes seront imaginées par et pour des agriculteurs. Elles feront l’objet d’une étude de faisabilité et d’une phase de test “terrain” sur des parcelles d’agriculteurs.
Liste non exhaustive d’outils utiles
D’autres ressources et témoignages autour de l’agriculture de conservation et la gestion des adventices
  • Vidéo d’un pionnier en ACS (GIEE Magellan), qui met en œuvre un système agroécologique à bas intrants reposant sur une absence de travail du sol et des semis dans un couvert vivant.
Centre de ressources Glyphosate / Herbicides