Groupe DEPHY BIO : Les viticulteurs bio des Charentes
Le groupe FERME DEPHY BIO de Charente est composé de 11 exploitations viticoles. Il se situe en plein cœur du vignoble du cognaçais sur les deux Charentes. Dans ce groupe, on retrouve deux membres convertis en AB depuis plus de 50 ans, mais aussi d’autres où cette conversion est plus récente, avec une moyenne de 20 ans de pratique en bio. Ces 11 fermes s’étendent de 10 à 40 hectares de vigne. Les productions sont diverses (cognac, vin de pays, pineau…) et sont vendues aux négoces, en cave coopérative ou en vente directe.
Dans la production du cognac, le cépage principal est l’Ugni Blanc, un cépage très sensible au mildiou. Afin de répondre aux objectifs de production, aux attentes environnementales et socioéconomiques de la filière, le groupe est engagé depuis 2016 dans la réduction de l’utilisation du cuivre métal. Dès lors, des essais d’aromathérapie et de phytothérapie (huiles essentielles) ont été mis en place. Également interrogé sur son impact environnemental, le groupe travaille sur la quantification du cuivre métal dans le sol et sur la mise en place d’un essai de phytorémédiation.
Culture principale : Vigne
Productions principales : Cognac, Pineau des Charentes, vins de pays Charentais
Cépage principal du cognac : Ugni Blanc (présent à 98% dans le vignoble)
Cépages secondaires du cognac : Folle Blanche, Colombard, Montils, Sémillon et Folignan.
Autres cépages (vin IGP ou Pineau) : Cabernet Franc, Cabernet Sauvignon N, Malbec, Merlot N, Chenin B, Sauvignon B, sémillon B, Chauché gris…
Variétés résistantes (vin IGP) : Artaban, Floreal, Souvignier Gris, Vidoc…
Les principaux portes greffes (résistant aux calcaires et vigoureux) : Fercal, 140 Ruggeri, 41B, 333 EM…
Particularité du groupe : en AB
Le regard de l'Ingénieur Réseau :
« Dans les Charentes, la part de surfaces bios destinées à la production de cognac est estimée autour de 1 à 2%. Bien que certains soient convertis depuis plus de 50ans, la conversion au bio dans la région évolue lentement. Sur le marché, une partie de la production bio n’est pas valorisée en tant que telle. Rachetée par le négoce, elle se retrouve mélangée aux récoltes conventionnelles. Il existe une vingtaine de marques de cognac bio portées par les viticulteurs producteurs ou par de petites maisons de négoce. Ainsi la viticulture biologique représente une faible part sur le volume total produit en cognac.
Chaque année, les objectifs de production sont définis par le BNIC (Bureau National Interprofessionnel du Cognac) et ne peuvent dépasser 16 hl/AP (Alcool Pur)/ha [= 160 hl/ha de vin avec un TAV de 10%]. Depuis 2011, les rendements fixés sont supérieurs à 10 hl/AP et ne cessent d’augmenter.
Dans ce contexte, les viticulteurs bios des Charentes doivent faire face à la nouvelle réglementation de 2019. Cette dernière fixe l’utilisation du cuivre métal à 28 kg sur 7ans, autrement dit, seuls 4kg/ha/an de cuivre métal peuvent être appliqués. Face à la sensibilité de l’Ugni Blanc au mildiou, c’est un véritable défi pour les viticulteurs charentais.
Initié en 2016, le groupe DEPHY bio, conscient des enjeux environnementaux et de leur dépendance au cuivre, est impliqué dans la recherche collective d’alternatives afin d’améliorer la protection du vignoble et d’atteindre les objectifs de production. Ce groupe DEPHY FERME permet d’échanger et de partager leurs pratiques et leurs expériences respectives afin d’avancer collectivement.
Ayant repris le groupe courant 2021, j’ai pu faire l’état des lieux sur les avancées du groupe et leur proposer de nouveaux plans d’action. Actuellement, le groupe s’interroge de l’impact du cuivre sur l’environnement et surtout sur le sol. Notre objectif principal est de quantifier le cuivre métal dans les sols charentais afin d’envisager des essais sur la phytorémédiation. »
Projet collectif :
Réduire l'utilisation du cuivre tout en conservant les objectifs de production et l'harmonie plante-sol
Thématiques principales du groupe :
1. Réduction de l'utilisation du cuivre
a. Savoir observer
b. Intégrer le biocontrôle et les substances de bases (homologué AB)
c. Raisonner ses traitements (OAD)
2. Fertilisation de la vigne
a. Intégration des couverts végétaux
b. Connaitre son sol et sa flore
c. Réfléchir sur les pratiques alternatives au travail du sol
3. Échange
a. Rencontre et partage avec d'autres groupes sur des problématiques communes
b. Transférer aux écoles et aux autres exploitations
Autres thématiques travaillées par le groupe et pistes innovantes explorées collectivement
- Déployer les Outils d'Aides à la Décision (Bulletin Santé Végétal, Optidose®, Décitrait®, Témoin Non traité)
- Qualité de pulvérisation
- Réduction des interventions à la parcelle
- Alternatives au travail mécanique
- Essais :
- BIOGESOL (Impact de la gestion de l'enherbement sur les maladies cryptogamiques)
- Taille douce
- Extrait de pépin de raisin en alternative au cuivre métal
Résultats du groupe
Résultats d'essais de 2016 à 2021 :
Dès la création du groupe, la thématique de réduction du cuivre est travaillée. Pour y répondre, un essai d’aromathérapie est mis en place de 2017 à 2018. Cette science qui utilise les propriétés des tissus embryonnaires des végétaux en croissance tel que les bourgeons ou les jeunes pousses d’arbre, est testée dans la lutte contre le mildiou et l’oïdium (voir ici pour en savoir+). Convaincu par l’utilisation des huiles essentielles, un essai de phytothérapie est installé en 2017, 2019 et 2020. Ces expérimentations démontrent un potentiel pour lutter contre le mildiou et l’oïdium à condition de bien choisir et positionner les huiles essentielles.
Toujours en recherche d’alternatives, un essai utilisant une Substance Naturelle à Usage Biostimulante pour lutter contre le mildiou est instauré sur une parcelle du groupe en 2021. L’impact biostimulant est également évalué en tant que Stimulateur des Défenses Naturelles (SDN) de la plante. L’objectif est de réduire de 30% les doses de cuivre métal. Cette expérimentation est encore menée afin d’évaluer son efficacité dans différents contextes de pression sanitaire.
Outre la problématique de réduction du cuivre, une approche sur la mise en place d’une stratégie de lutte contre Eudémis est étudiée en 2018 avec deux modalités étudiées :
Modalité 1 : Trichogrammes + BT (Bacillus Thuringiensis)
Modalité 2 : Trichogrammes
La modalité 2, suivie de près par la modalité 1, est celle qui présente le moins de perforation et de fréquence d’attaque de botrytis. Néanmoins la technique doit être étudiée dans différentes configurations parcellaires et prouver également son efficacité à baisser la pression eudémis dans le temps. Il est important de souligner l’incompatibilité de deux techniques biocontrôle : l’utilisation des trichogrammes avec l’application de soufre. Aussi, le temps de pose des diffuseurs et le coût par hectare restent des freins quant à la diffusion de la technique.
Évolution des indicateurs :
De 2017 à 2025, les campagnes ont été très contrastées, avec des niveaux de pression mildiou très variables selon les conditions climatiques. Les années 2018, 2020, 2021, 2023 et surtout 2024 ont été marquées par une pression sanitaire plus forte, en lien avec des contextes plus humides et favorables au développement du mildiou. À l’inverse, 2022 puis 2025 se distinguent par une pression plus faible, avec peu d’attaques observées sur grappes.
Ces écarts climatiques se retrouvent dans les pratiques du groupe. Après plusieurs années situées autour de 3,5 à 4,0 kg/ha de cuivre métal, la quantité moyenne utilisée a atteint un maximum en 2024 avec 4,8 kg/ha, dans un contexte de forte pression et de fréquence de traitements élevée. En 2025, la baisse de la pression mildiou sur grappes s’accompagne d’un net recul de l’usage du cuivre métal, qui redescend à 2,3 kg/ha. Le nombre moyen de traitements reste toutefois à 9, montrant que le niveau de recours à la protection ne dépend pas uniquement de l’intensité finale observée sur récolte, mais aussi de la dynamique climatique de la campagne et du positionnement nécessaire des interventions.

L’évolution de l’IFT du groupe traduit elle aussi la forte influence du millésime. Après un niveau élevé en 2024 (10,4), l’IFT total moyen recule nettement en 2025 pour atteindre 3,89. L’IFT biocontrôle suit la même tendance, passant de 6,3 en 2024 à 2,26 en 2025.
Cette diminution confirme un allègement global de la pression phytosanitaire en 2025. Elle s’explique par des conditions globalement moins favorables aux contaminations sur la fin de campagne et par un besoin moindre de renouvellement des protections. À l’échelle de la série, 2025 apparaît ainsi comme une année de rupture après deux millésimes plus exigeants, et vient rappeler combien les indicateurs de traitement restent étroitement liés au contexte climatique annuel.
Depuis le renouvellement du groupe en 2022, l’objectif est de travailler sur l’utilisation du cuivre afin de mieux raisonner les traitements pour permettre d’assurer le rendement les années à forte pression sanitaire. L’utilisation de biocontrôle est également favorisée pour augmenter l’IFT biocontrôle. Ce levier reste freiné par le faible rapport coût/efficacité des produits biocontrôle homologués AB.
La presse en parle
Réunion intergroupe - 22 juillet 2022 - Travail du sol
Performances techniques du groupe DEPHY BIO - Octobre 2022 - ProfilBIO n°17 (page 30)
Rallye Transfert : journée technique "l'entretien mécanique, à chacun sa pratique !" - Mai-juin 2023 - Terre de Cognac n°154
Mois de la bio : visite sur l'exploitation de Guillaume Rault - Décembre 2023 - l'Agriculteur Charentais
Les groupes DEPHY à l'heure du bilan - Mai-juin 2025 - Terre de Cognac n°166
Les phyt'autrement - Janvier 2026 - Terre de Cognac n°170
Témoignage de la structure :
« La Chambre d’agriculture de la Charente accompagne activement plusieurs viticulteurs de l’appellation Cognac engagés dans un groupe Dephy. Ensemble, ils explorent des alternatives aux pratiques actuelles de protection du vignoble et construisent de nouveaux plans d’action, plus respectueux de l’environnement.
Ce travail collectif s’appuie notamment sur l’étude de l’impact du cuivre sur les sols et sur la phytoremédiation, une méthode innovante de dépollution par les plantes. Les enseignements tirés de cette démarche alimenteront l’expérimentation nationale et contribueront à la création d’outils et de références utiles à l’ensemble du monde agricole.
Par cette initiative, notre Chambre d’agriculture affirme pleinement son rôle d’animation et de soutien aux projets innovants. Être force motrice aux côtés des agriculteurs, c’est aussi anticiper les enjeux environnementaux de demain et construire, dès aujourd’hui, les réponses concrètes aux défis de la transition agroécologique. »
Laëtitia PLUMAT-PERROCHEAU, Présidente de la Chambre d’agriculture de la Charente


