Glyphosate : du début jusqu'à la fin programmée ?

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Grandes cultures / Polyculture-élevage
Horticulture – PPAM
Vigne
Année de publication 2020
  (mis à jour le 26 aoû 2020)
Source :  EcophytoPIC
Auteur :  Ph.DELVAL
Réferences : 
Les petits dossiers d'EcophytoPIC n°7 - août 2020
traitement au glyphosate

On a tout dit et tout écrit sur le glyphosate, molécule herbicide systémique la plus utilisée au monde à absorption foliaire et action généralisée (on dit que c’est un « herbicide total »). L’équipe EcophytoPIC vous propose ce dossier vous permettant d’avoir accès à toute la documentation rassemblée sur cet herbicide qui n’a pas fini de faire parler de lui.

Son histoire commence en Suisse dans les années 1950 sans grand bruit. Il faut attendre les années 70 pour que Monsanto brevète la molécule et la commercialise sous le premier nom « Roundup ». Par la suite, d’autres produits à base de glyphosate se multiplieront avec de nombreuses formulations optimisées (le glyphosate n’adhère pas sur les plantes) d’autant plus qu’il tombe dans le domaine public dans les années 90 et que compte tenu de la simplicité de sa structure chimique de nombreuses firmes s’engouffrent sur ce marché.

molécule glyphosate
De multiples usages

Ses multiples usages en milieu agricole et non agricole, font que dans le monde, près de 0,5 kg de pesticide à base de glyphosate aurait été pulvérisés par hectare. En France, près de 9100 tonnes de glyphosate ont été commercialisées en 2016, dont 8400 tonnes pour les usages agricoles (Base Nationale des Ventes-distributeurs). L’usage de celui-ci est désormais interdit sur le marché « jardins d’amateur ». En agriculture, le glyphosate est utilisé pour trois grandes catégories d’usages : contrôler la flore adventice difficile (vivaces, invasives, allergènes ou toxiques), gérer/détruire des couverts et prairies, et éliminer le verdissement des parcelles avant semis en complément ou en substitution du travail du sol. Mais il a été également utilisé en dessication pour faciliter la récolte ou détruire des adventices présentes telles que les chardons ou les liserons, pour lutter contre les mauvaises herbes aquatiques et semi-aquatiques. Ces usages sont désormais interdits en France. 
 

Dans certains pays il est utilisé sur des plantes cultivées résistantes à celui-ci et il est même utilisé pour la lutte anti-drogue en Colombie pour détruire les plantations. C'est enfin un antibiotique puissant (brevet déposé par Monsanto en 2010). Il n'a cependant jamais reçu d'autorisation de mise sur le marché (AMM) pour cette dernière utilisation.

Deux rapports européens (Endure en 2020) et français (INRA en 2017) font un état des lieux assez complet de la situation actuelle et listent des perspectives en matière d’alternatives possibles à cet herbicide.

glypho sol
Situation réglementaire

En Europe, la mise en marché et l’utilisation des spécialités commerciales phytopharmaceutiques sont soumises à une réévaluation tous les 10 ans. Pour le glyphosate, la précédente évaluation arrivait à échéance au 31 décembre 2017. Après des débats âpres entre les Etats-membres, la proposition de la Commission Européenne d’un renouvellement de l’approbation pour 5 ans a été adoptée. Une nouvelle évaluation est donc prévue en 2022. Les lobbys pro-glyphosate œuvrent déjà. Une liste de personnalités publiques a été constituée par Fleishman-Hillard et Publicis Consultants pour soutenir la stratégie de lobbying de Monsanto et défendre leur position vis-à-vis du glyphosate.

Situation environnementale et santé

Comme il est chélateur d'oligoéléments minéraux et de métaux, le glyphosate s'adsorbe facilement dans les sols (plus ou moins selon le pH), ce qui le rend théoriquement assez peu mobile dans le sol. Les principaux produits de dégradation du glyphosate dans l'environnement sont l'acide aminométhylphosphonique (AMPA) et le glyoxylate. Deux articles, en lien ci-contre, décrivent les moyens de limiter son impact sur l'environnement.

Vous retrouverez également les éléments concernant ses caractéristiques sur la base de données « PPDB - Pesticide Properties DataBase ».

Un grand nombre de travaux sur cette molécule ont été également engagés par l’ANSES. Ils sont rassemblés dans un article synthétique notamment la divergences d’avis sur la cancérogénicité du glyphosate et la présence du glyphosate dans les milieux et chez l’Homme.

ppdb
Sur le site PPDB

Glyphosate

sous forme de Sel d'Isopylamine

sous forme de Trimesium

sous forme de Sel de Potassium

r4p

Le site R4P a pour vocation de rassembler l’information sur les résistances aux produits phytopharmaceutiques. Plusieurs documents ont été mis en ligne. Deux articles et une cartographie présentent les résistances au glyphosate : ivraies, vergerettes.

Le plan national Ecophyto - Glyphosate

En France, le gouvernement a pris la décision en 2018 de mettre fin aux principaux usages du glyphosate en trois ans au plus tard et en cinq ans pour l’ensemble des usages, tout en précisant que les agriculteurs ne seraient pas laissés dans une impasse. Des situations de difficulté et d’impasses au regard des leviers et connaissances disponibles à ce jour ont été identifiées : 

  • le cas particulier de l’agriculture de conservation ; 
  • les agricultures menées dans des conditions difficiles sans bénéficier d’une forte valeur ajoutée ;
  • les cultures pour des marchés spécifiques avec fortes contraintes techniques : production de semences ainsi que les légumes de frais et de conserve cultivés en plein champ avec risque de présence de fragments issus d’adventices toxiques entrent dans cette catégorie,
  • des situations de niche comme le rouissage du lin fibre ou la récolte des fruits à coques.

Afin d’accompagner la profession agricole dans son ensemble, et d’assurer une transparence concernant les moyens mis en œuvre et les progrès accomplis vers la sortie du glyphosate, les ministres de l’agriculture et de l’alimentation et de la transition écologique et solidaire ont présenté une série de mesures (communiqué officiel du 22 juin 2018 ) : 

  • La création d’un centre de ressource (voir plus bas), 
  • Le renforcement des actions d’accompagnement dans le cadre du programme Ecophyto, 
  • La mobilisation des réseaux territoriaux des Chambres d’Agriculture, et de l’enseignement agricole pour faire connaître et promouvoir les alternatives au glyphosate sur l’ensemble des territoires, avec l’appui des CIVAM et des coopératives agricoles, 
  • Le suivi des quantités vendues et utilisées des produits contenant du glyphosate, 
  • La valorisation de ce travail au niveau européen avec les pays volontaires. 

Concernant ce plan, plusieurs documents sont disponibles ci-dessus.

L’apport du réseau DEPHY

DEPHY a profité de la collecte importante de données dans son réseau pour les analyser dans une étude qui ne prétend pas être représentative des pratiques de la ferme France mais vise à apporter une contribution complémentaire, spécifique au Réseau DEPHY, au plan de sortie du glyphosate.

Principaux enseignements pour chaque filière présents dans ces synthèses : description et géographie des usages, les cultures concernées, les facteurs explicatifs des niveaux d’usage observés, les alternatives à l’usage du glyphosate, enquête utilisation.

De plus, plusieurs fiches trajectoires produites au sein du réseau de fermes permettent de présenter des cas concrets de limitation ou suppression de l’utilisation de cet herbicide.

L’apport des agriculteurs, des instituts techniques agricoles et de la recherche

Plusieurs études et enquêtes menées par les instituts techniques ont permis de compléter et d’actualiser les données produites depuis plusieurs années et ont été rassemblées dans des brochures. Des programmes de recherche et d’expérimentation sont engagés pour trouver des solutions pratiques et économiques. Des retours d'expérience du terrain complètent ces expérimentations.

Les articles, accessibles dans les carrousels, ci-contre font le point en Grandes cultures et Cultures pérennes (arboriculture et viticulture).

Un centre de ressources consacré aux alternatives au Glyphosate

Un des objectifs du plan de sortie du glyphosate a été la création d’un centre de ressource pour rendre accessible à l’ensemble de la profession agricole les solutions existantes pour sortir du glyphosate. Mis en ligne début 2019, il comprend un grand nombre de synthèses et vidéos permettant d’envisager la mise en pratique de ces solutions.

info glypho
Et la communication

Réussir la sortie du glyphosate est un des objectifs du plan Ecophyto 2+. Les délais sont courts : fin 2020 pour la majorité des usages, fin 2022 pour l’ensemble des agriculteurs. Les régions Bretagne, Nouvelle Aquitaine, Pays de la Loire et le département du Cher ont choisi de travailler ensemble dans l’accompagnement des agriculteurs de leurs territoires vers la sortie du glyphosate à travers un projet multi-partenarial (CAP sans glypho), sur 3 ans, pour l’ensemble des filières agricoles. Des fiches techniques, simple et courtes, seront également rédigées et compilées afin d’accompagner les agriculteurs dans le choix des techniques possibles à mettre en œuvre.

Un site du gouvernement "Sortir du glyphosate" permet aux agriculteurs de retrouver des partages de bonnes pratiques et pour tous de suivre en temps réel la dynamique collective de la mise en œuvre de cet engagement.

L'Assemblée nationale a créé le vendredi 6 juillet 2018 une Mission d'information commune sur le suivi de la stratégie de sortie du glyphosate, conformément au chapitre IV de son Réglement. Celle-ci effectue notamment des audits et produit des rapports. Une page du site de l'assemblée nationale est consacrée aux travaux de cette mission.

Mission d'information commune sur le suivi de la stratégie de sortie du glyphosate

Face à chaque acteur, la Mission a exprimé une exigence : réaffirmer que l’année 2020 sera la dernière pour une majorité des usages du glyphosate et qu’il faut que tous l’acceptent. Mais cette exigence est conduite avec bienveillance, dans un souci de réalisme.