
Groupe DEPHY Pointe de Caux

Déjà engagés dans une démarche de réduction poussée de l'utilisation de leurs intrants, les 12 polyculteurs éleveurs du groupe DEPHY de la Pointe de Caux cherchent à pérenniser et continuer leur travail, tout en maintenant une performance économique de leurs systèmes. Une grande partie du groupe étant historiquement engagée dans des MAEC Phyto, le groupe a déjà pu travailler extensivement sur des thématiques d'efficience et de substitution et s'attachent à présent à mettre en place des leviers de reconception pour gérer les adventices l'échelle de la rotation. Le développement de ces thématiques permettra notamment de répondre à des enjeux de gestion des adventices résistantes ayant fait leur apparition sur le territoire.
Cultures principales : Blé, orge, colza, lin, betterave, maïs
Spécificités du groupe : Majoritairement exploitations de polyculture élevage, regroupées sur des aires de captage à fort enjeu sur la qualité de l'eau
Lycées partenaires : Lycée Agricole d'Yvetot
Partenariats locaux : Bassins d'alimentation de captage, Syndicats d'eau
Regard de l'ingénieur réseau :
Le territoire est orienté sur des systèmes à forte productivité de par ses limons profonds à hauts potentiels ainsi qu'un contexte géo-climatique qui se prête bien aux cultures industrielles à forte valeur ajoutée (lin, betterave, pomme de terre). Pourtant, ces sols sont également très sujets aux phénomènes d'érosion et le réseau hydrographique est très vulnérable aux pollutions diffuses. On constate en parallèle une perte de dynamique en élevage ce qui se traduit par la diminution des cheptels et des surfaces en praire. Dans ce contexte, le groupe, convaincu de l'intérêt de réduire leur dépendance aux produits phytosanitaires cherche avant tout à partager et échanger autour des pratiques permettant de répondre à la préservation de la ressource en eau tout en maintenant leur résilience économique.
Gérer durablement les adventices en travaillant sur sa rotation
La problématique principale rencontrée par les agriculteurs du groupe et plus globalement, les
agriculteurs du Pays de Caux concerne la réduction effective de l’utilisation de produits
phytosanitaires sur la durée. Cette problématique est particulièrement prégnante sur le poste
herbicides ou l’impasse sur les cultures est rare voire inexistante même chez les agriculteurs les plus
performants. Bien sûr, cette problématique a également une dimension économique : les impasses
techniques et la non-maitrise des bioagresseurs conduit nécessairement vers une hausse des charges
par l’application de solutions curatives couteuses (ex : herbicide de rattrapage) mais aussi à une
baisse des rendements. Or, ces baisses de performances sont particulièrement préjudiciables sur des
modèles combinant historiquement cultures à fortes valeurs ajoutées (lin, betterave, pomme de
terre) et terres à haut rendements (100 – 120 qx/ha en blé). Ces problèmes, couplés à la diminution
du panel de produits disponibles, montrent la nécessité de trouver des alternatives. On pourra citer
aussi un questionnement spécifique aux agriculteurs engagés dans un système de réduction du travail
du sol qui conduit souvent à l’augmentation de l’utilisation du glyphosate. Face à ce constat, le groupe
souhaite concentrer ses efforts sur la gestion des adventices à l’échelle de la rotation. Cela implique
de travailler sur des solutions de re-conception des systèmes sur le long terme. Pour ce faire, un
programme d’action est proposé de manière à aborder dans un ordre cohérent les problématiques
suivantes
Thématiques principales du groupe
Comment gérer le stock d’adventices à l’échelle de la rotation ? : Forts de ces acquis, le
groupe pourra ensuite étudier la dynamique spécifique des adventices sur cultures : Cycle
des principales adventices identifiées par le groupe, plantes bioindicatrices, impact des
pratiques sur les stocks d’adventices, moyens de lutte spécifiques, etc.
Comment introduire des cultures nouvelles à bas niveau d’intrants tout en garantissant des
débouchés économiques viables ? : le groupe travaillera à la fois sur la faisabilité
agronomique d’introduire des cultures a Bas Niveau d’Intrants (BNI). ou associées dans leur
rotation et la viabilité économique des débouchés qu’elles génèrent (étude des marchés
existants et possibles). Un focus sera mis sur les nouvelles cultures de printemps pour
compenser l’abondance des cultures d’hiver des rotations cauchoises classiques.
Comment maximiser la couverture du sol durant l’interculture ? : le groupe travaillera sur la
composition de ses couverts d’interculture longue afin de maximiser leur efficacité dans la
lutte contre les adventices. Il expérimentera aussi sur les intercultures courtes et le semis
sous couvert dans l’objectif final d’atteindre une couverture maximale sur la rotation.
Autres thématiques travaillées par le groupe et pistes innovantes explorées collectivement
Comment favoriser le potentiel de ses sols ? : la base de la rotation étant le substrat, il est
important que le groupe aborde progressivement la thématique de la gestion du sol :
dynamique des éléments (cycles C, N), structure du sol (travail du sol, rôle des couverts),
équilibre des oligo-éléments (besoins des plantes, apports et suivi des besoins) et enfin la vie
du sol (paramètres physico-chimiques, rôle et impact des micro-organismes).
Comment utiliser les biostimulants pour renforcer les résistances et le biocontrôle ? : sur la
base des travaux précédents, le groupe étudiera les moyens d’optimiser le développement
des cultures en place et favoriser leurs résistances naturelles aux moments clés des pressions
bioagresseurs via l’apport de produits naturels. Les techniques de biocontrôle préventives et
curatives seront également passées en revue. Ces apports seront complétés par un travail de
réflexion sur les couts et le temps de mise en place de ces méthodes.
Comment optimiser la biodiversité fonctionnelle des parcelles ? : Le groupe sera amené à
étudier les interactions opérant entre bioagresseurs et auxiliaires, notamment sur l’interface
entre la parcelle et son environnement. Sur ces connaissances, le groupe travaillera sur les
infrastructures et pratiques à mettre en place pour favoriser la présence d’auxiliaires aux
moments clés, notamment en implantant sur des zones d’opportunité (ZNT, cours d’eau, axe
de ruissellement, etc.)
Résultats du groupe
Sur l'année 2023, le groupe a entrepris une série d'essais qui seront mis à jour sur cette page au fur et à mesure de la campagne.
Témoignage de la structure :
Le Réseau des CIVAM Normands accompagne les agriculteurs dans leur transition de système par l'adoption de leviers permettant de renforcer l'autonomie, la résilience et la durabilité globale de leurs fermes. Sur le secteur du Pays de Caux, l'enjeu particulier de la préservation de la ressource en eau a clairement été identifié en tant qu'axe de travail collectif et individuel de la structure. Sur les thématiques cultures, nous accompagnons donc actuellement une quinzaine d'agriculteurs en suivi individuel et animons deux groupes d'échange ECOPHYTO (dont le groupe DEPHY Pointe de Caux). Derrière cet enjeu, il y a aussi une volonté et une nécessité d'accompagner les agriculteurs pionniers dans la mise en place de nouveaux leviers innovants, valoriser leurs efforts et reconnaitre leur statut de "paysans chercheurs". Par son envergure et ses objectifs, le Réseau DEPHY répond à ces besoins.