Nesidiocoris volucer : un agent de biocontrôle indigène au service de la protection intégrée à La Réunion
Dans les milieux tropicaux, les cultures sous abri sont soumises à de fortes pressions de ravageurs, notamment les aleurodes, les thrips et Tuta absoluta. Ces bioagresseurs provoquent des pertes de rendement importantes et dégradent la qualité des productions horticoles et maraîchères. Dans un contexte de réduction de l’usage des produits phytosanitaires, la recherche de solutions alternatives repose en grande partie sur l’intégration d’auxiliaires naturels, adaptés au climat local et compatibles avec les pratiques agroécologiques. C’est dans cette dynamique que s’inscrit l’étude et la valorisation de Nesidiocoris volucer à La Réunion.
Espèce indigène de l’île, Nesidiocoris volucer est une punaise prédatrice appartenant à la famille des Miridae. Elle est connue depuis 1902 sur le territoire réunionnais et est restée longtemps discrète. À l’instar de Macrolophus pygmaeus, déjà utilisé en protection biologique en Europe, N. volucer se nourrit de nombreux ravageurs présents sous serre, notamment les aleurodes du genre Bemisia et Trialeurodes, les thrips, et Tuta absoluta. Sa biologie, ses capacités prédatrices et son absence d’effet néfaste sur les cultures en font aujourd’hui un candidat sérieux pour renforcer les stratégies de Protection Biologique Intégrée (PBI).
Titre
Fiche technique sur Nesidiocoris volucer
Cette fiche technique de La Coccinelle décrit les préconisations pour le lâcher et le maintien en serre de Nesidiocoris volucer.
1. Un programme de recherche appliquée conduit par un collectif d'acteurs de la R&D à La Réunion
Depuis plusieurs années, l’Armeflhor conduit des expérimentations afin d'évaluer précisément l'efficacité de N. volucer en tant qu’auxiliaire de culture. Ces travaux s’inscrivent dans le cadre de l’UMT Biocontrôle en Agriculture Tropicale, en partenariat avec le CIRAD (UMR PVBMT) et la biofabrique d'auxiliaires (La Coccinelle).
Le CIRAD a étudié la bioécologie de l'insecte ainsi que ses préférences trophiques. Ainsi les premiers essais ont porté sur l’étude du cycle de vie de l’espèce, conduite en chambre climatique à différentes températures allant de 15 à 35 °C. Il ressort que N. volucer présente une forte capacité d’adaptation au climat tropical. La durée du cycle complet varie de 49 jours à 15 °C à seulement 10,5 jours à 30 °C. La fécondité moyenne observée chez les femelles est de 65 œufs, avec des pics allant jusqu’à 140 œufs par individu.
Les tests de prédation ont montré que N. volucer manifeste une forte préférence pour les aleurodes, suivis par les thrips.
Ces résultats sont détaillés dans une publication scientifique en accès libre :
Titre
Marquereau et al., 2022 – Bulletin of Entomological Research
Cet article détaille la biologie de N. volucer (en anglais).
Titre
Nesidiocoris volucer un nouvel agent de lutte biologique indigène pour la culture de la tomate à La Réunion
Pour plus d’informations sur le projet de valorisation de cet auxiliaire.
La Coccinelle a mené les recherches et le développement de techniques d'élevage de masse afin de permettre une large distribution de cette solution sur le territoire. Nesidiocoris volucer est aujourd'hui disponible à La Coccinelle pour l'ensemble des producteurs de l'île.
2. Une compatibilité confirmée avec les cultures maraîchères et ornementales
Un point majeur dans l’évaluation d’un auxiliaire est sa compatibilité avec les cultures. Contrairement à d’autres miridés comme Nesidiocoris tenuis, N. volucer ne provoque pas de dégâts sur les plants de tomate. Les essais conduits par l’Armeflhor en conditions contrôlées montrent l’absence de dégâts liés au prélèvement de sève, même à forte densité d’auxiliaires et en absence de proies.
Ce prédateur a également été testé sur chrysanthèmes dans des serres horticoles locales. Ces lâchers ont permis de réduire efficacement les populations de thrips, sans recours à des produits phytopharmaceutiques, et ont démontré son potentiel en floriculture. Ce retour d’expérience est présenté dans le magazine de l’Armeflhor : Fertile n°49 – La PBI sur chrysanthèmes.
Des tests récents en 2024 conduit par l'Armeflhor ont montré une efficacité de N.volucer sur Tuta absoluta.
Titre
Bilan de l'UMT BAT
Retrouvez dans ce bilan le retour sur les travaux conduits sur N. volucer (page 29-30)
En 2024, les travaux portés par l’Armeflhor et ses partenaires ont été récompensés au Salon international de l’Agriculture à Paris. Ce projet de valorisation d’un auxiliaire indigène pour la protection biologique en milieu tropical a reçu un prix dans la catégorie « Innovation Outre-mer – Biocontrôle ». Cette reconnaissance témoigne de l’intérêt grandissant pour les solutions issues des territoires ultra-marins.
Dès 2015, cette technique est testée et présentée aux Agrofertîles. Cette vidéo présente l'expérimentation de deux techniques d'apport des auxiliaires: par apport ponctuel dans la serre de tomate ou par apport préventif en pépinière sur plants transplantés ensuite dans la serre mais également d'alimentation artificielle afin de permettre à l'auxiliaire de se maintenir en absence de proies.
3. Perspectives : vers une généralisation dans les serres tropicales
Les perspectives d’adoption de N. volucer sont nombreuses. Son efficacité, son comportement stable, sa capacité de reproduction et sa compatibilité avec les cultures en font un outil précieux pour les producteurs. Les prochaines étapes concernent l’optimisation des stratégies de lâcher, le couplage avec d’autres auxiliaires, l’évaluation économique à la parcelle et le déploiement dans un large réseau de fermes pilotes sur toute l'ile dans le cadre du projet PARSADA SA'IRA.
Un travail est également en cours pour développer des supports de vulgarisation, des vidéos de démonstration et des fiches pratiques à destination des techniciens et des producteurs. L’objectif est de faciliter l’appropriation de cet auxiliaire indigène et d’accompagner la transition vers des systèmes de production plus durables. Cette diffusion est assurée à travers le réseau RITA Horticole Réunion.


