Qu'est-ce que le plan d'action de sortie du phosmet ?
Depuis plusieurs années, le colza fait face à des épisodes de sécheresse estivale liés au changement climatique, qui compliquent son implantation et augmentent sa vulnérabilité aux ravageurs d’automne. Le phosmet constituait jusqu’ici la dernière solution chimique disponible pour lutter contre les grosses altises et le charançon du bourgeon terminal dans les zones où les pyréthrinoïdes ne fonctionnent plus en raison de résistances. Son retrait du marché, motivé par des enjeux de protection de l’environnement, pourrait toutefois compromettre la durabilité de cette culture.
Face à la menace pesant sur la filière colza, les pouvoirs publics, en collaboration avec les acteurs des secteurs des huiles et des protéines végétales, ont mis en place un vaste programme de recherche appliquée. Celui-ci mobilise des partenaires publics et privés ainsi que les acteurs du développement agricole, avec pour objectif d’identifier et de déployer des solutions alternatives à la fois efficaces, durables et concrètes pour limiter les dégâts causés par les ravageurs d’automne : le Plan d’action de sortie du phosmet.
Le Plan d’action de sortie du phosmet c’est :
420 essais
109 conseillers formés à la méthode Colza robuste
50 territoires pour tester la stratégie de détournement des grosses altises grâce aux intercultures pièges
34 plateformes de démonstration pour promouvoir la combinaison des leviers agronomiques
330 parcelles avec un suivi des ravageurs d’automne
90 visites terrain avec 3000 techniciens et agriculteurs

1. Un projet central au cœur du Plan d’action : Adaptacol²
Adaptacol2, qui s’inscrit dans le Plan de sortie du phosmet, vise à mettre à disposition des agriculteurs et des techniciens agricoles les stratégies de protection intégrée qui leur permettront de limiter les attaques et la nuisibilité de l’altise d’hiver et du charançon du bourgeon terminal.
Pour cela, les acteurs de la recherche et du développement (recherche publique et privée, acteurs du développement, expérimentateurs, acteurs du conseil agricole) se mobilisent pour accompagner de façon coordonnée les agriculteurs vers le changement de leurs pratiques.

2. Les principaux enseignements
Le 24 mars dernier, Terres Inovia et ses partenaires ont organisé un colloque de restitution de plan d’action de sortie du Phosmet (plus d'informations ci-contre). Le replay du colloque est visible sur la chaîne YouTube de Terres Inovia. Les conclusions de ce colloque sont décrites ci-dessous.



Des premiers tests directement sur le terrain
Certains projets présentent des résultats prometteurs. C’est le cas de la manipulation du comportement de l’altise par l’utilisation de plantes de services et des composés qu’elles émettent. Des brassicacées plus attractives que le colza (navette, chou chinois, radis chinois) ont été caractérisées et testées dans diverses stratégies au champ et à l’échelle du territoire (Ctrl-Alt, Inrae ; Adaptacol², Terres Inovia et partenaires régionaux). En parallèle, les composés qu’elles émettent ont été identifiés et formulés afin d’optimiser le détournement de l’altise du colza soit par des composés dissuasifs (Colzactise, De Sangosse et Inrae), soit des composés volatils attractifs (Ctrl-Alt, Inrae et Agriodor).
Détourner les ravageurs d’automne du colza
Pour éloigner les ravageurs des parcelles de colza, le projet AltisOR porté par Inrae a travaillé sur les récepteurs olfactifs de l’altise : « l’odorat est un sens clé des insectes pour localiser les plantes-hôtes, partenaires sexuels, lieu de ponte…Les odeurs sont détectées par des récepteurs olfactifs. Les connaitre permet de développer une approche d’écologie chimique inverse », a expliqué Emmanuelle Jacquin-Joly, de l’Inrae Versailles.
Les leviers de luttes alternatives disponibles
Dans le projet Adaptacol2, deux axes ont été travaillés :
Mieux connaitre la biologie et l’écologie du charançon du bourgeon terminal : l’objectif était de décrire les modalités de colonisation des insectes dans les parcelles et les délais avant les premières pontes pour améliorer le positionnement des solutions de lutte directe. Des essais ont permis de mieux connaître la typologie de l’évolution du système reproducteur au cours du temps, et ainsi mieux connaître le cycle du ravageur.
Améliorer l’évaluation du risque à la parcelle : malgré les essais, les résultats disponibles à ce jour sont insuffisants pour faire évoluer les règles de décision d'intervention contre le charançon du bourgeon terminal dans les régions à risque fort. D’autres essais avec des taux d’attaques variés dans des situations agronomiques contrastées sont encore nécessaires. Ces travaux se poursuivent dans le projet PARSADA Coleofast.


Tout se joue sur la robustesse du colza
Également dans le projet Adaptacol2, Terres Inovia et ses partenaires ont effectué des suivis de parcelles entre 2023 et 2025 sur les leviers de robustesse du colza. Pour obtenir des plantes vigoureuses et réduire la nuisibilité des ravageurs d’automne, ce réseau de parcelles a permis de relever plusieurs enseignements :
Les colzas dont le pivot est supérieur à 15 cm ont une biomasse/plante significativement plus importante (+ 50 g/plante), d’où l’importance de la qualité de la structure du sol.
Les colzas levés après le 1er septembre ont une biomasse/plante en tendance plus faible que ceux levés avant (- 25 g/plante), la levée précoce est donc un levier de réussite.
Les meilleures biomasses/plante sont obtenues pour les parcelles avec un peuplement <35 pieds/m² (+ 50g/plante) : la densité de semis doit donc être maitrisée.
L’effet du type de sol reste central pour la croissance et la biomasse du colza
Le projet RESALT est porté par l’Inrae, Terres Inovia, Innolea et dix obtenteurs. Il visait à rechercher des résistances à l’altise chez le colza et ses espèces parentales pour accélérer l’identification de variétés à meilleur comportement vis-à-vis de l’altise.
Les résultats ?
Une identification de génotypes élite avec des comportements contrastés face à l’altise, ce qui ouvre la voie à court terme à une diversification des variétés de colza à bons comportements accessibles aux agriculteurs.
Une identification de sources de résistances à l’altise dans les espèces parentales du colza, ce qui laisse présager à plus long terme une amélioration du comportement variétal sur ce critère.
Des premiers travaux positifs mais qui restent à poursuivre dans le PARSADA
Gilles Robillard, président de Terres Inovia : « le travail collectif a permis de mieux cerner les besoins pour développer des solutions futures »
La poursuite des travaux se concentrera sur :
L’acquisition de références techniques sur le terrain sur les pistes d’intérêts et l’accompagnement des stratégies de gestion intégrée des ravageurs du colza auprès des conseillers et agriculteurs se poursuivra au travers des projets Altifast et coleofast soutenu par le PARSADA (voir ci-dessous)
Des médiateurs chimiques pour détourner les ravageurs avec :
Des composés issus de brassicacées aux propriétés attractives et dissuasives à l’altise sont identifiés, reste à optimiser leurs formulations et à les évaluer au champ.
La caractérisation de récepteurs-olfactifs clés de la grosse altise ouvre également la voie à l’identification, demain, de nouveaux actifs.
Ces travaux se poursuivront notamment dans le projet Ardeco du PARSADA (ci-dessous).


