Quelles solutions alternatives pour les ravageurs émergents ? 2. Le cas de Tuta absoluta

Légumes fruits - Solanacées
Légumes tubercules
Pomme de terre
Tabac
Année de publication 2020
  (mis à jour le 23 mar 2020)
Source :  EcophytoPIC
Auteur :  Mélanie GAYRARD
Réferences : 
Synthèse EcophytoPIC n°16
Tuta absoluta

Un ravageur émergent

La mineuse sud-américaine de la tomate (Tuta absoluta) est un ravageur émergent qui a fait son apparition sur le territoire français au début des années 2010. Depuis lors, elle connait une progression spectaculaire de son aire de répartition et provoque des dégâts très importants sur de nombreuses espèces légumières, dont la tomate.

Sa polyphagie, sa capacité de reproduction rapide et sa mobilité en font un ravageur au fort potentiel de nuisibilité. Classée sur la liste d'alerte A2 de l’OEPP (Organisation Européenne et Méditerranéenne pour la Protection des Plantes), elle est considérée comme un organisme nuisible préoccupant aux niveaux national et européen.

Biologie, plantes hôtes et dégâts occasionnés

La mineuse de la tomate est un papillon (Lépidoptère) de la famille des Gelechiidae.

Elle s’attaque de préférence à la tomate sous abri et de plein champ, mais peut aussi infester d’autres plantes de la même famille, comme les Solanacées cultivées : pomme de terre, aubergine, piment, tabac, poivron ; et les Solanacées sauvages : datura, morelle.
Ce papillon peut générer sur tomates des pertes pouvant aller jusqu'à 100%. Les attaques se manifestent par l'apparition sur les feuilles de galeries blanchâtres renfermant chacune une chenille et ses déjections. Les chenilles s'attaquent aux fruits verts comme aux fruits mûrs, qui deviennent alors invendables et impropres à la consommation.

Pour mieux connaitre cet insecte ravageur, consultez sa fiche d’identification sur notre base de recherche « ABAA » (Auxiliaires, Bio Agresseurs et Adventices) : lien ci-dessous.

Tuta absoluta
Accès à la fiche ABAA
Contenu

1. Surveillance et piégeage de ce bio agresseur

Surveillance de T. absoluta

La pose de pièges de détection associée à des observations régulières des cultures, permet de détecter le retour de T. absoluta et de déclencher si nécessaire la mise en œuvre de moyens de protection. Le piégeage de détection est une technique peu coûteuse et facile à mettre en place.

Dans les cultures sous abris, il est préférable d’installer le piège à l’extérieur de l’abri afin de ne pas favoriser l’entrée du ravageur dans la culture. Le piégeage s’accompagne d’observations régulières pour être alerté rapidement de l’éventuelle présence du ravageur dans les cultures.

On peut utiliser un ou deux piège(s) à phéromones : Delta ou plaque engluée jaune. Une observation régulière des plants et des hôtes en bord de parcelle doit être effectuée pour déceler les premiers signes d’infestation. Plus de détails dans la publication ci-contre.

Piégeages massifs et attractifs

Le piégeage massif est une méthode de protection qui peut être envisagée pour ce ravageur. La technique consiste à installer dans une parcelle un nombre de pièges suffisant pour collecter des adultes, des larves ou des œufs du ravageur, de façon à limiter fortement sa population et sa descendance.

Un piégeage massif des mâles à l’aide de phéromones peut permettre de limiter les populations de Tuta absoluta, seulement si elles ne sont pas trop élevées. Il s’agit de pièges à eau ou de pièges avec des panneaux englués auxquels on ajoute une capsule de phéromones.
L’utilisation de pièges lumineux (lampes à UV) permet aussi de capturer des T. absoluta adultes, du fait de leur activité plutôt nocturne. Cependant, ces pièges ne sont pas spécifiques et doivent donc être utilisés avec parcimonie pour limiter le piégeage d’insectes auxiliaires.
Des pièges combinés (lumineux et à phéromones) attirent a priori plus de mineuses de la tomate, mais les mêmes réserves sont formulées en cas de populations élevées du ravageur.

 

2. Mise en place de mesures préventives contre T. absoluta

Mesures prophylactiques

Les mesures prophylactiques sont cruciales dans la lutte contre T. absoluta, car elles permettent de limiter la pullulation de cet insecte ravageur.

    Mesures concernant l’environnement des cultures

L’enjeu est de limiter les plantes hôtes aux abords des cultures en détruisant :

  • les adventices hôtes (morelle noire, datura)
  • ainsi que des repousses de tomate ou de pomme de terre.

En parallèle, il est important de favoriser les auxiliaires, qui sont de précieux alliés dans la lutte contre la mineuse de la tomate. Ainsi, des travaux du GRAB ont montré l’intérêt d’implanter des bandes fleuries à base de soucis ou de géraniums à proximité des cultures de tomates, à l’extérieur et surtout à l’intérieur des abris, pour attirer des prédateurs naturels de T. absoluta (Dicyphus errans ou Necremnus).

    Mesures concernant l’élimination des déchets et fruits infestés

    Les déchets de récolte, autres déchets végétaux et légumes infestés doivent absolument être évacuées et détruits. La solarisation est une technique efficace pour détruire l’ensemble des stades de cet insecte. Il est aussi important d’éliminer les plants suspects et d’effeuiller ceux qui sont touchés afin de supprimer les mines.

    Une action CEPP existe pour la mise en place de cette technique : "Désinfecter partiellement le sol au moyen d’un film de solarisation"

      Autres mesures préventives

    Dans les stratégies de prévention contre T. absoluta, il peut être intéressant de travailler sur les rotations en intégrant des cultures non-hôtes comme les salades. Les interventions pendant l’inter-culture sont également des leviers importants : le travail du sol aide à réduire le nombre de chrysalides restées dans le sol, et la solarisation aurait un effet similaire.

    Prévention via des mesures physiques

       Filets anti-insectes

    La protection des cultures par des filets anti-insectes est une mesure préventive très efficace qui peut s’envisager pour la mineuse de la tomate.
    En culture sous abris, il est primordial de vérifier l’herméticité des bâches et il est conseillé d’installer un système de double porte pour éviter l’entrée des insectes dans les cultures. L’installation de toiles insect-proof aux ouvertures des abris et l’utilisation de voiles permet de constituer une barrière physique et d’empêcher les pontes. Malgré son indéniable efficacité, cette technique présente de nombreux inconvénients :

    • coût élevé des installations,
    • effets secondaires sur les conditions de culture comme la pollinisation,
    • modification du climat dans l’abri
    • incidence sur l’entrée des auxiliaires présents naturellement dans l’environnement.
    Tuta absoluta
    Papillon adulte de T. absoluta
    Contenu
    Projet TutaPI

    Dossier

    Recherche et intégration d’une protection biologique contre Tuta absoluta, ravageur invasif de la tomate. Projet CASDAR (2011-2014)

    Année de publication 2015 (mis à jour le 27 mar 2020)

    Source : EcophytoPIC - Axe Recherche et Innovation

    3. Protection des cultures contre ce ravageur

    Lutte biologique : prédateurs / parasitoïdes

    La lutte biologique contre T. absoluta est bien avancée.

    •  Macrolophus pygmaeus est un prédateur largement utilisé dans les stratégies contre les aleurodes, et qui se montre aussi efficace, à dose similaire, sur les œufs et les larves de Tuta. Cette punaise auxiliaire est déjà utilisée sur Tuta et son action reste satisfaisante même en présence d’aleurodes. Il est nécessaire de l’introduire le plus tôt possible car son installation est lente : il faut environ 3 semaines pour voir les premières larves à la suite d’un lâcher. Son efficacité est encore plus grande lorsqu’elle est introduite en pépinière (cultures en sol non chauffées), par rapport à une introduction en culture. Pour faciliter l’installation de cette punaise prédatrice, on pratique son nourrissage, notamment en présence d’une faible quantité de proies.
    • Trichogramma achaeae est un parasitoïde qui pond dans les œufs de Tuta puis réalise tout son développement à l’intérieur des oeufs. L’adulte de T. achaeae peut également avoir une action de prédation sur les œufs de Tuta et se nourrir de miellat. Les essais réalisés en serre chauffée et sous tunnel plastique montrent que l’apport de Trichogramma achaeae en complément de Macrolophus permet de fiabiliser la stratégie de protection vis-à-vis de Tuta. Les lâchers doivent être réguliers car les Trichogrammes ne s’installent pas dans la culture.
    En savoir plus sur la technique

    Traitements Bio insecticides contre Tuta absoluta

    Selon la situation, il peut être nécessaire d’appliquer des traitements sur la parcelle. Dans la lutte contre Tuta absoluta, les insecticides homologués à base de Bacillus thuringiensis (Bt), compatibles avec les auxiliaires et autorisés en AB, sont à utiliser en priorité. Pour optimiser leur efficacité, ils doivent être appliqués sur de jeunes stades larvaires en mouillant bien le feuillage.

    Il existe une action CEPP associée à cette technique : Lutter contre les chenilles phytophages au moyen d’un produit de biocontrôle contenant du Bacillus thuringiensis.

    La lutte phéromonale via la confusion sexuelle

    Un essai réalisé sous-abris par l’APREL en 2018 a permis d’évaluer cette technique de confusion sexuelle avec Isonet®T. La perturbation de l’accouplement permise par les diffuseurs de phéromones limite la pression de Tuta dans les abris. Toutefois la confusion sexuelle n’assure qu’une protection de fond qu’il faut impérativement combiner avec d’autres moyens de protection tels que la prophylaxie, les auxiliaires, les filets, les traitements, etc. Un renouvellement des diffuseurs est nécessaire pour assurer une protection durable tout au long de la culture, or l’homologation actuelle ne permet pas ce renouvellement, mais une demande est en cours auprès de l’ANSES.
    Pour plus de détails, consultez les publications ci-dessous.

    4. Stratégies combinées

    Tuta absoluta est un ravageur difficile à combattre. Il n’existe pas actuellement de méthode qui permette d’assurer seule une protection totale des cultures auxquelles elle s’attaque. Les stratégies combinées se révèlent être les plus efficaces, notamment lorsqu’elles s’appuient sur des apports combinés de Macrolophus et de trichogrammes. En conditions expérimentales, comme en conditions de production, les combinaisons de moyens permettent de contrôler les populations de T. absoluta, et de limiter fortement, voire de s’affranchir des dégâts sur fruits.

    Pour consulter toutes les solutions de biocontrôle à utiliser contre Tuta absoluta, vous pouvez consulter le site Ephy en cliquant ici. (Attention ! l'usage "Tomate - chenilles phyophages" comprend plusieurs bioagresseurs. Toutes les solutions autorisées ne sont pas efficaces sur Tuta - vérifiez pour chaque produit).

    5. Perspectives

    Les perspectives concernant T. absoluta, reposent actuellement sur différentes pistes de recherche.

    Les huiles essentielles bio insecticides

    Contre T. absoluta, des chercheurs marocains ont démontré une activité insectifuge ainsi qu’une forte activité insecticide in vitro pour l’huile essentielle de Syzygium aromaticum sur les larves. L’intégration de cette huile essentielle en gestion de Tuta absoluta au niveau des parcelles touchées peut être envisagée. Les recherches se poursuivent sur l’activité insecticide in vivo de ce produit naturel.  
    Consulter l'article "L’étude de l’effet insecticide de l’huile essentielle de Syzygium aromaticum L. contre les larves de Tuta absoluta", par Adil BENCHOUIKH, Tarik ALLAM, Abderahim KRIBII, et Khadija OUNINE

    Les cultures associées

    La piste des cultures associées a été creusée par des chercheurs en Iran qui ont démontré son intérêt. L’étude porte sur une association entre cultures de tomates et de sainfoin et révèle une augmentation de la diversité des prédateurs de T. absoluta en cultures associées par rapport aux monocultures de tomates. Ces résultats ont montré que l’association tomate / sainfoin était efficace pour contrôler T. absoluta dans les champs de tomates.
    Consulter le résumé en anglais de l'article "Assessment of intercropping tomato and sainfoin for the control of Tuta absoluta (Meyrick)".

    En définitive, la lutte contre Tuta absoluta reste complexe.

    La nécessité de combiner des méthodes alternatives afin de limiter l'usage des pesticides reste la règle.