Abeilles et pollinisateurs : des atouts essentiels, à préserver pour l'agriculture

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Année de publication 2019
  (mis à jour le 27 mai 2021)
Source :  EcophytoPIC
Auteur :  Mise à jour par M.Gayrard sur la base du travail de Ph. Delval en septembre 2019
Réferences : 
Synthèse EcophytoPIC n°5

Puisqu'ils fréquentent abondamment les zones cultivées, les abeilles et les autres pollinisateurs risquent d'être intoxiqués ou tués à cause de certaines pratiques agricoles, notamment l’application de produits phytopharmaceutiques. La perception de l’impact des pratiques agricoles sur ces organismes utiles est d'autant plus importante qu'ils sont considérés comme des bio-indicateurs permettant de détecter la présence de polluants dans le milieu ou leurs conséquences sur les insectes auxiliaires.

Le rôle des pollinisateurs et notamment des abeilles, ne se cantonne pas à la pollinisation des plantes. En effet, ces insectes assurent un rôle de production alimentaire via la pollinisation et sont un atout pour le maintien de la biodiversité. La protection des pollinisateurs est donc essentielle dans les agro-écosystèmes. Dans certains cas, le pollinisateur est même utilisé comme un outil de transfert (entomo-vecteurs) dans le cadre de mise en œuvre d’une méthode alternative.

Pour apprendre à les reconnaitre, le réseau Biodiversité pour les abeilles a édité une fiche pratique, un guide d'identification est également consultable via ce lien. L'observation des insectes pollinisateurs a récemment été standardisée : voir la publication. Enfin, le site du Fibl regroupe de nombreuses informations et publications pour aller plus loin sur le sujet.

Comment préserver les pollinisateurs ?

PRÉSERVER LEURS RESSOURCES ALIMENTAIRES

La préservation des ressources alimentaires des pollinisateurs est une condition indispensable au maintien de leur présence dans nos milieux cultivés. Ces auxiliaires sont présents à la fois dans les parcelles et aux abords de celles-ci. Cette préservation doit donc se traduire par la conservation ou l'implantation de structures permettant la nidification, la reproduction ou le refuge de nombreuses espèces de pollinisateurs. L’équilibre entre la partie cultivée et le milieu non cultivé est primordial afin d’assurer un ravitaillement constant pour les espèces.

La recherche a encore beaucoup à apprendre sur ce point, aussi, il est possible de participer et d'alimenter une base de données bibliographiques et photographiques sur les interactions plantes / abeilles (sauvages et domestiques). Pour cela, rendez-vous sur le site FlorAbeilles qui présente le projet en question.

La conservation des infrastructures agroécologiques existantes est un levier primordial et facile à mettre en place. Il s'agit notamment des haies, bosquets, bordures de champ, mares et autre milieux humides, prairies et milieux ouverts... (voir ci-contre). Un groupe DEPHY Ferme a d'ailleurs installé des nichoirs à abeilles sauvages aux abords des parcelles des agriculteurs membres : voir le poster.
La présence d’adventices dans les parcelles peut également être une ressource pour les pollinisateurs, une étude prospective de la FREDON va dans ce sens. Une fiche ITSAP aborde cette thématique de la conservation : "Prendre en compte la préservation des auxiliaires et des pollinisateurs dans les pratiques d'entretien des éléments fixes du paysage et des zones non cultivées".

Pour aller plus loin dans cette démarche, il est possible d'implanter spécifiquement des ressources alimentaires pour les pollinisateurs sous forme de bandes fleuries, d'intercultures ou même de cultures méllifères. (voir ci-contre). L'implantation de haies peut également être réfléchie de façon à apporter des ressources alimentaires aux pollinisateurs.

Un outil d'aide à la gestion de la ressource mellifère a été élaboré dans le cadre du projet Casdar INTERAPI. Il recense 38 espèces mellifères et 4 mélanges pour lesquels des informations agronomiques et apicoles sont connues et utilisables pour les implanter en interculture ou en jachère. De plus, l'ITSAP a produit différentes ressources à ce sujet : 

LIMITER LEUR EXPOSITION AUX PRODUITS PHYTOPHARMACEUTIQUES

La protection des pollinisateurs passe aussi par l’utilisation raisonnée de produits phytopharmaceutiques respectueux de ces insectes et de leurs ressources alimentaires. L’EFSA a effectué une étude complète en 2012 sur le développement d'une évaluation des risques des produits phytopharmaceutiques pour les abeilles (en anglais). De son côté, l’ITSAP a développé de nombreuses études qui ont abouti à un certain nombre de documents utiles dans cette réflexion : 

Deux leviers d'action concernant le choix des produits peuvent être mis en place pour limiter l'exposition de ces auxiliaires (voir ci-contre). Récemment, de nombreuses recherches et expérimentations ont permis d’affiner les recommandations concernant la préservation des pollinisateurs dans les espaces agricoles. Parmi ces recherches, on peut citer l'étude sur la co-exposition des pollinisateurs aux pesticides et autres agents infectieux et les risques pour leur santé. Pour aller plus loin, l’ITSAP a produit un document, en 2016, utilisé dans l’outil de diagnostic agro-écologique : "Modifier sa stratégie de protection des plantes cultivées pour protéger les insectes pollinisateurs".

Une réglementation qui évolue

Les applications de produits phytopharmaceutiques sont encadrées par un arrêté datant de 2003 (voir ci-contre). L’ ANSES a émis un avis en 2014 pour modifier ce texte.

En 2018, l’agence a publié un avis relatif à l’évolution des dispositions réglementaires visant à protéger les abeilles domestiques et les insectes pollinisateurs sauvages. Celui-ci formule une série de recommandations, ainsi que des orientations pour le renforcement de l’évaluation des produits phytopharmaceutiques au regard des risques pour les abeilles et autres pollinisateurs. Dans ce dernier avis, les recommandations visent à limiter l’usage des produits phytopharmaceutiques dans de nombreux cas : période de floraison pour les fongicides et herbicides, systémiques avant floraison. Les produits à base de micro-organismes sont aussi concernés. Une note nationale BSV « Abeilles et pollinisateurs », régulièrement mise à jour, rappelle synthétiquement les mesures de protection à instaurer.

UTILISER DES MÉTHODES DE LUTTE COMPATIBLES

Au delà de l'utilisation raisonnée des produits phytosanitaires, certaines techniques alternatives peuvent également être néfastes pour les pollinisateurs. Elles nécessitent donc d’être attentifs à leur présence sur la parcelle où l’on souhaite les mettre en œuvre, afin d'éviter de mettre ces auxiliaires en danger.

Il s'agit de toutes les méthodes qui permettent de lutter contre des insectes ou autres ravageurs sans présenter une sélectivité vis-à-vis des organismes autres que le(s) nuisible(s) visé(s). On peut notamment citer l’utilisation des plastiques anti-UV et la lutte pneumatique.

Plus globalement, la protection des pollinisateurs nécessite une réflexion au niveau du système de culture et donc une approche globale de l'exploitation qui prend en compte ce point crucial. Une approche PIC "Prendre en compte les pollinisateurs dans son agro-écosystème" détaille cette réflexion (voir ci-contre). En outre, une brochure pratique présentant les pratiques agricoles qui permettent la protection des pollinisateurs est consultable ci-contre.

DE NOMBREUX TRAVAUX DE RECHERCHE

Deux organisations intègrent la problématique « pollinisateurs » dans leurs programmes de recherche. Avant tout, l’UMT PrADE mais aussi le RMT Biodiversité & Agriculture. Concernant DEPHY, un projet DEPHY EXPE (2012 – 2018), DEPHY Abeille, a délivré un certain nombre de résultats accessibles depuis EcophytoPIC (voir fiche système). Enfin, un réseau DEPHY Ferme a été sensibilisé à la biodiversité par la pose de nichoirs à abeilles sauvages aux abords des parcelles (voir poster).

Par ailleurs, de bonnes relations et interactions entre apiculteurs et agriculteurs favorisent la bonne répartition des ruches sur le territoire et la bonne pollinisation des cultures qui en ont le plus besoin. Pour cela, le site Beewapi a développé un système de mise en relation entre apiculteurs et producteurs, ce qui est un réel progrès à ce sujet. L’ITSAP- Institut de l’abeille et ses partenaires (INRAE, Chambres d’agriculture…) ont mis au point un atelier d’échanges entre professionnels des filières apicoles et du végétal dans le but de mettre en commun des connaissances, de confronter différents points de vue et de désamorcer d’éventuels conflits. Cet atelier facilite ainsi l’émergence de pistes d’action en faveur du maintien de ces différentes activités sur un même territoire.

On peut encore citer deux projets. Le premier s’intéresse à la conservation des plantes messicoles dans les parcelles cultivées et le second à une approche plus holistique des systèmes de culture prenant en compte les enjeux concernant les pollinisateurs (projet POLINOV).

L'avenir de l'agriculture se crée dans une symbiose avec son environnement. La prise en compte des pollinisateurs par l'ensemble des acteurs du territoire est un atout pour ce futur.

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