Ravageurs du sol de la jeune betterave : quelle gestion ?
La betterave peut être attaquée par des ravageurs du sol, entrainant des pertes de pieds (taupins, tipules, limaces, noctuelles terricoles, hannetons, mulots, blaniules), et dans une moindre mesure un ralentissement de la croissance des betteraves (atomaires, scutigérelles, collemboles blancs). Un mauvais développement des plantes, ou des hétérogénéités de végétation peuvent impacter par la suite l’ensemble du cycle, et favoriser des attaques d’autres bioagresseurs.

1. Qui sont ces ravageurs ?
Les ravageurs du sol réalisent au moins une partie de leur cycle biologique dans le sol, circulant dans les interstices, entre les mottes ou dans les trous des vers de terre. Certains vivent intégralement dans le sol (collemboles souterrains et mille-pattes), alors que d’autres circulent à la surface (limaces, atomaires) et peuvent s’enfoncer dans le sol pour s’y réfugier en cas de conditions défavorables. Pour certains coléoptères (hannetons, taupins), diptères (tipules) et papillons (noctuelles terricoles), ce sont les larves qui vivent dans le sol et entrainent des dégâts. Les rongeurs vont y creuser des terriers, et circuler à la surface pour consommer les graines de betteraves.

On distingue :
- La limace grise ou loche (Deroceras reticulatum – 4 à 7 cm) et la limace noire (Arion hortensis – 3 à 4 cm) : gastéropodes, avec une activité nocturne, très polyphages pouvant consommer jusqu’à la moitié de leur poids en 24H.
- La blaniule mouchetée (Blaniulus guttulatus), mille-pattes de 8 à 20 mm, présent dans les matières organiques, craignant la lumière et s’attaquant à l’occasion à des radicules.
- La scutigérelle (Scutigerella immaculata), également un mille-pattes de 5 à 8 mm, se déplaçant très rapidement dans les cavités du sol, se nourrissant d’algues, de champignons, de mousses, et parfois de graines et radicules.
- Le hanneton commun (Melolontha melolontha), coléoptère avec un cycle de vie de 4 ans, dont les larves « vers blancs » s’enfoncent plus ou moins dans le sol et se nourrissant de racines.
- Le taupin (Agriotes lineatus, Agriotes obscurus, Agriotes sordidus), autre coléoptère, également avec un cycle de vie de l’ordre de 4 à 5 ans, dont les larves « fil de fer » s’attaquent aux racines des plantes.
- Les atomaires (Atomaria linearis), petits coléoptères de 1 à 1,75 mm, qui hivernent dans le sol ou sur des résidus de culture, et deviennent actifs au printemps, se nourrissant de la partie enterrée de l’hypocotyle. Ils volent sur de courtes distances par temps doux et ensoleillé, alors qu’ils s’enfoncent dans le sol en période de sécheresse.
- Les noctuelles terricoles (Agrotis ipsilon, Agrotis segetum, Euxoa nigricans), papillons nocturnes dont les larves « vers gris » se nourrissent de plantes en les entrainant avec elles dans le sol.
- Les tipules (Tipula olerocea, tipula paludosa), diptères dont les larves se nourrissent principalement d’humus, de débris végétaux, et parfois de plantes.
- Les collemboles souterrains (Onychiurus armatus), petits arthropodes sauteurs (1,5 mm) vivant dans le sol, détritiphages.
- Le mulot gris (Apodemus sylvaticus), mammifère rongeur omnivore, qui consomme environ 2 fois son poids par jour, et mange l’amande des graines, en ne laissant que l’enrobage.
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Pour tous ces ravageurs, les conditions climatiques et les pratiques jouant sur le sol vont déterminer non seulement leur présence dans la parcelle, mais aussi le fait qu’ils attaquent les betteraves :
- Ainsi, en période de sécheresse, les atomaires ou les scutigérelles s’enfoncent dans le sol alors qu’en période humide ils vivent à la surface du sol voire sur les parties aériennes des plantes.
- Les ravageurs tels que les blaniules ou les collemboles, qui se nourrissent majoritairement de matières organiques en décomposition, vont s’attaquer aux plantules lorsque les conditions deviennent défavorables à leur développement.
- Les limaces vont être favorisées par un mince film d’eau sur le sol, ce qui va leur permettre d’envahir les cultures pour s’y nourrir. Le froid, va au contraire entrainer la mort des limaces les plus âgées, et inciter les plus jeunes à se réfugier dans le sol ou sous la végétation.
- Quant aux mulots, ils vont grignoter l’amande des graines en cas de temps sec et chaud.
Les dégâts de ces ravageurs sont surtout impactant lorsqu’ils entrainent des pertes de pieds, ou lorsqu’ils atteignent les jeunes plantules avant le stade 4 feuilles vraies.
Lorsque des dégâts sont identifiés (foyers sans betteraves, betteraves chétives, etc), il est important de vérifier la présence du ravageur lui-même, en général à proximité des dégâts.
La difficulté de ces ravageurs (en dehors des limaces) réside dans le fait qu’ils sont protégés par le sol et que lorsque les dégâts deviennent visibles, il n’y a plus d’action possible pour les limiter.

2. Quelle est leur importance ?
Les observations accumulées depuis 2010 dans le réseau de Surveillance Biologique du Territoire (SBT) permettent de chiffrer la présence et l’intensité de leurs attaques. En moyenne 18 % des sites sont touchées par ces ravageurs, mais leur pression varie énormément selon les années, allant de 3 % en 2022 à 40 % en 2012.
- Les plus observés, aussi bien en termes de fréquence de sites touchés que de fréquence de betteraves atteintes dans les parcelles sont les atomaires, qui entrainent un ralentissement de la croissance. Ces ravageurs sont surtout impactant lorsqu’ils sont concomitants avec des attaques d’autres bioagresseurs, comme les altises par exemple.
- Les tipules et les limaces grises peuvent entrainer des pertes de pieds dans 8 % des sites en moyenne et les taupins dans 3 % des sites.
- En ce qui concerne les attaques de noctuelles terricoles, elles sont très ponctuelles, mais peuvent toucher jusqu’à 50 % des betteraves d’une parcelle en cas de forte attaque.
- Les hannetons ou vers blancs sont tellement anecdotiques, qu’ils n’ont été observés que dans 3 sites depuis 2009.
- Quant aux collemboles blancs souterrains, ils sont aussi très rarement observés. Les notations de collemboles dans le réseau SBT concernent surtout les collemboles aériens (jaunes et noirs), qui peuvent être confondus avec des pucerons aptères.
- Les mulots sont observés en moyenne dans 2 % des sites entrainant 3 % de pertes de pieds, montant à 5 % de sites atteints les années où les semis sont suivis d’une période chaude et sèche, et dans le cas les plus grave touchant 25 % des betteraves (2014).


En ce qui concerne les auxiliaires généralistes de la betterave pouvant s’attaquer aux ravageurs du sol (hors mulots), des observations de carabes, d’araignées et de staphylins sont réalisées depuis 2021. Les carabes et les staphylins sont notés dans 1 à 2 % des sites en moyenne pluriannuelle, sachant qu’il s’agit uniquement d’observations visuelles, et donc d’un suivi très simplifié de leur présence. Les araignées sont plus faciles à observer car plus statiques une fois installées et leur présence a été notée dans 14 % des sites en moyenne, sachant qu’elles piègent également des ravageurs de la végétation comme les pucerons.
Un suivi en cours de saison permet de détecter au plus tôt l’apparition des ravageurs, et de surveiller leur développement. Le réseau de Surveillance Biologique du Territoire (SBT) mis en place à partir de 2009 permet de surveiller les bioagresseurs de la betterave. Ainsi, le suivi de 200 à 300 parcelles betteravières par une centaine d’observateurs de la filière dans le réseau SBT permet de récolter plus de 30 000 lignes d’observations par an dans l’outil Vigicultures. Ces observations sont ensuite validées par les animateurs régionaux qui les synthétisent et diffusent une analyse sanitaire chaque semaine dans les Bulletins de Santé du Végétal, accompagnée de conseils dans les notes d’informations régionales.

3. Quelles sont les méthodes de lutte alternatives ?
Plusieurs pratiques permettent de limiter le parasitisme :
allonger à 3 ans minimum la rotation entre 2 betteraves,
limiter les plantes hôtes, y compris en interculture,
limiter les plantes appétentes,
implanter des cultures peu favorables aux ravageurs à risque historique.
Ainsi pour les taupins, il est conseillé d’éviter dans la rotation des prairies de graminées ou de légumineuses. Pour les limaces, les cultures intermédiaires de type moutarde blanche, féverole, vesce commune, avoine ou sarrasin sont peu favorables à leur développement.
Ces aménagements peuvent être un refuge, un site de reproduction ou une source de nourriture pour de nombreux espèces de ravageurs et d’auxiliaires. De ce fait ces aménagements peuvent favoriser notamment des carabes, pouvant se nourrir entre autres de limaces, tipules, taupins, noctuelles terricoles, et collemboles, mais aussi des staphylins, des araignées, des tachinaires, ou des hyménoptères parasitoïdes. L’installation de perchoirs à rapaces permet de lutter contre les rongeurs, et notamment les mulots.
Le travail du sol conjugue plusieurs effets : destruction des larves, des œufs pondus dans le sol ou à sa surface, remontée à la surface des ravageurs, soumis ainsi au gel et aux prédateurs, assèchement de l’horizon superficiel, dérangement des ravageurs dans leurs déplacements, incitation à changer d’environnement. En cas de risque parcellaire de parasitisme, un labour, des déchaumages ainsi que des passages superficiels limitent ainsi le risque.
Cette étape est essentielle pour limiter les attaques sur des betteraves affaiblies. L’objectif est d’assurer une levée et un développement homogène des betteraves dans la parcelle.

4. Quel raisonnement des traitements et quelle gestion des résistances ?
Le seuil d’intervention pour un passage molluscicide (traditionnel ou de biocontrôle) a été fixé à l’observation d’une limace noire ou de quatre limaces grises par m2 et en cas de conditions climatiques favorables.
En cas de risque historique, des traitements de semences insecticides ou des microgranulés dans le sillon du semis peuvent avoir un effet sur les taupins, blaniules, tipules et atomaires.
L’utilisation répétée d’insecticides avec le même mode d’action ou des efficacités limitées sur le ravageur ciblé peut entrainer des phénomènes de résistance ou d’accoutumance des ravageurs. Pour éviter ce problème, il est recommandé d’utiliser des insecticides en alternant les modes d’action.


