Gérer autrement les oïdiums grâce à la génétique, des OAD et le biocontrôle

Arboriculture
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Grandes cultures / Polyculture-élevage
Horticulture – PPAM
Viticulture
Vigne
Année de publication 2019
  (mis à jour le 28 mar 2021)
Source :  EcophytoPIC
Auteur :  Mise à jour par M.Gayrard sur la base du travail de Ph. Delval en septembre 2019
Réferences : 
Synthèse EcophytoPIC n°11
Gérer autrement les oïdiums grâce à la génétique, des OAD et le biocontrôle

Les oïdiums, aussi appelés « blancs » étant donné leurs symptômes, sont des champignons Ascomycètes aériens ectophytes avec un mycélium qui se développe à l’extérieur des organes des plantes. Vous trouverez des informations sur la biologie des oïdiums dans la base ABAA d’EcophytoPIC qui rassemble de nombreuses ressources sur ces champignons.

Les oïdiums sont des parasites obligatoires qui émettent des suçoirs (ou apressoria) à l’intérieur des cellules des plantes. De plus, ils produisent un grand nombre de spores issues de multiplication asexuée. On les trouve sur la plupart des cultures, qu’elles soient annuelles ou pérennes. Leurs spores sont très légères et peuvent donc être véhiculées par le vent.

  • Sur cultures annuelles, le champignon va se conserver sous sa forme sexuée (cleistothèces) dans les débris de cultures après récolte.
  • Sur cultures pérennes, la forme de conservation peut être également un amas mycélien localisé dans les bourgeons ou du vieux bois.
1. Biologie et nuisibilité

La nuisibilité des oïdiums peut être très variable, mais en général, le feutrage blanc mycélien couvre la surface des feuilles et ralentit ainsi la photosynthèse. L’attaque des grains et des fruits des plantes peut causer à la fois des pertes en quantité et en qualité : mauvais goût, porte d’entrée pour des parasites secondaires comme le botrytis.

Les oïdiums sont favorisés par l’humidité qui provoque la germination de leurs spores ainsi que des températures moyennes. Contrairement aux mildious, ils craignent l’eau courante et sont lessivés par les pluies. Leur mycélium devient alors brunâtre et leur activité parasitaire est amoindrie ou empêchée. Le développement des oïdiums est souvent favorisé par des variétés sensibles.

cycles oidium
2 cycles d'oïdium sur vigne (à gauche - source Pinterest) et céréales (à droite - source Arvalis)
Prévention : le choix variétal avant tout !

La sensibilité variétale est un facteur de développement des oïdiums. La résistance variétale est donc une solution intéressante pour diminuer la pression de ces champignons. Cette solution est bien connue et largement déployée sur les cultures annuelles comme le montrent les articles sur céréales, betteraves et cultures légumières. Deux actions CEPP (voir ci-contre) promeuvent l'utilisation de variétés résistantes pour lutter contre les oïdiums sur betterave et blé tendre.

Peu d'autres méthodes préventives sont efficaces sur les oïdiums même s'il est utile de raisonner la densité de la culture, sa fertilisation et son irrigation pour ne pas favoriser la maladie.

    Des études ont été menées sur vigne afin de développer des variétés résistantes aux deux principales maladies de la vigne : mildiou et oïdium [voir position de l'INRA & Projet Cépages Demain ci-contre]. Deux articles vous permettront d'aller plus loin sur cette question : le dossier "Pour une viticulture durable et de qualité : les résistances au cœur de la sélection variétale" par l’IFV et l’INRA, ainsi que les nombreuses présentations issues de la journée de l’Académie d’Agriculture de France consacrée aux nouveaux cépages résistant aux maladies, sont disponibles ci-contre. Une nouvelle action CEPP est disponible à ce sujet : "Réduire les traitements au moyen de cépages résistants".

    L’adoption de variétés résistantes sur vigne ne sera pas gage d’abandon total de lutte fongicide car sur cultures pérennes, encore plus que sur cultures annuelles, la durabilité de la résistance des variétés à un bioagresseur est cruciale. Un observatoire a été créé afin de surveiller l’évolution des souches d’oïdium mais aussi de proposer les combinaisons de méthodes qui vont permettre cette durabilité.

    Un  focus thématique "Utilisation de la résistance variétale au mildiou et à l'oïdium" présente les premières expérimentations menées dans le cadre d’un projet Dephy EXPE Ecoviti. Ce projet se décline en plusieurs projets selon les régions et vise à concevoir et expérimenter à l’échelle parcellaire des systèmes viticoles peu dépendants des produits phytosanitaires. Par ailleurs, le mildiou de la vigne a déjà fait l’objet d’un dossier filière [voir ci-contre].

    Méthodes de lutte = OAD + biocontrôle

    L’objectif premier est donc souvent de lutter contre ces champignons. De nombreuses familles de fongicides sont autorisées pour des usages couvrant les oïdiums sur la plupart des cultures, mais des phénomènes de résistance se sont largement répandus. Une note commune est produite chaque année afin de faire le point sur le développement des résistances des maladies de la vigne et des céréales à paille, dont les oïdiums, et les solutions à mettre en oeuvre.

    Afin de limiter l’usage des fongicides, deux solutions peuvent se combiner :

    1. Utiliser un outil d’aide à la décision (ou OAD) pouvant prévoir le risque potentiel de développement de la maladie
    2. Utiliser des fongicides de biocontrôle

    En outre, une méthode physique est disponible et valorisée par une action CEPP : "Utiliser un équipements à la lumière UV pour réduire la pression des bioagresseurs et indirectement réduire le recours aux produits phytopharmaceutiques".

    OAD pour la prévision et l’optimisation de l’application

    L’oïdium présente des caractéristiques biologiques qui peuvent, à la fois permettre des prévisions de développement assez aisées à l’aide de facteurs climatiques (humidité, température, pluviométrie) ou génétiques (sensibilité variétale), mais également compliquer ces prévisions. Il est en effet très difficile de prévoir le vent qui transporte des spores parfois sur de longues distances.

    Les modèles sont des OAD, qui vont permettre de faciliter la prévision de développement des oïdiums. Ils ont été notamment développés sur fraisier (voir ci-contre) et vigne. Des focus thématiques présentent les expérimentations menées dans le cadre de 3 projets Dephy expé Ecoviti à Bordeaux et Val de Loire et dans l’Arc méditerranéen. Enfin un poster fait le bilan de l’utilisation des modèles en Bourgogne dans le cadre d’un réseau de ferme Dephy vigne [à consulter ci-contre]. Enfin, une action CEPP promeut un OAD sur vigne pour lutter contre les oïdiums. Un nouvel OAD DeciTrait dédié à la protection de la vigne a été développé afin de rationaliser le positionnement des traitements contre différentes maladies dont l'oïdium.

      Biocontrôle = plusieurs voies possibles

      Quelques substances de biocontrôle ont été développées et mises sur le marché afin de lutter contre des champignons, dont l’oïdium. Elles font appel à plusieurs groupes des substances naturelles et des micro-organismes ayant des fonctionnalités élicitrices, fongicides ou compétitrices (liens vers e-phy) :

      Plusieurs actions CEPP promeuvent des techniques alternatives pour lutter contre les oïdiums (à consulter ci-contre). Par ailleurs, 3 projets de recherche & Innovation se sont consacrés au biocontrôle pour lutter contre l'oïdium :

      • Le projet européen Biocomes : a mené des recherches de solutions de biocontrôle, testées contre les oïdiums des céréales.
      • Le projet DEFILEG (2009-2013) : a permis de mieux appréhender les conditions d’action des Stimulateurs de Défense des Plantes (SDP) pour lutter contre le mildiou de la laitue et l’oïdium du melon.
      • Un projet Ecophyto a également travaillé sur la combinaison de molécules élicitrices stimulant les défenses naturelles de la vigne pour une lutte préventive contre la pourriture grise, le mildiou et l'oïdium.
      Retours d'expérience et état de la recherche

      Des retours d’expérience

      Une quinzaine de fiches trajectoires en viticulture permettent d’avoir un aperçu d’agriculteurs ayant opéré une réduction des anti-oïdiums. Une originalité est la conduite en non taille pour gérer les bioagresseurs de la vigne.

      Des expérimentations menées dans le cadre de projets Dephy EXPE permettent de faire un tout d’horizon de techniques testées dans le cadre de systèmes de culture innovants en vigne et en horticulture sur gerbéra.

      Et la recherche...

      Le projet SALSA (DEPHY EXPE 2018 – 2023) propose de travailler sur des systèmes de culture viticoles présentant une rupture majeure d’usage de produits phytopharmaceutiques (80% à 100% de réduction d’IFT). Ces systèmes mobiliseront la résistance variétale, les régulations naturelles, une gestion du sol sans herbicide et des traitements en dernier recours. Un réseau de trois dispositifs expérimentaux permettra l’évaluation de ces systèmes dans trois grands bassins représentatifs du vignoble français en Aquitaine et en Alsace.

      D'autres projets ont étudié et étudient encore la thématique des résistances variétales notamment : RESGRAPE 2, Oïdium Melon, SelGenVit, RESNAVI, à consulter dans le carrousel ci-dessous.

      Le RMT Elicitra a également rassemblé des informations d’expérimentations menées par divers acteurs sur les SDP pour observer l’efficacité de plusieurs substances sur les bioagresseurs. L’accès au fichier excel  compilant les résultats vous permettra de sélectionner ceux sur les oïdiums.

      Ainsi, la combinaison des trois leviers que sont : le choix de variétés résistantes, l'utilisation d'Outils d'Aide à la Décision et l'utilisation de solutions de biocontrôle permet de lutter plus ou moins efficacement contre les oïdiums. La recherche continue de cibler ces maladies très courantes afin de développer les solutions préventives ou de lutte.